N° 915 | du 5 février 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 5 février 2009

L’espoir des banlieues en trompe-l’œil

Joël Plantet

Ça patine. De l’aveu même des politiques, le plan pour les banlieues tarde à produire les effets espérés : retards divers, manque d’ambition, de moyens et d’objectifs chiffrés… Le « plan Marshall » promis s’est évanoui

Le 20 janvier, le dernier comité interministériel des villes (CIV) s’est penché sur la mise en œuvre du plan Espoir banlieues. Parallèlement, ce 6 février, devait avoir lieu un deuxième rendez-vous autour du même plan, avec associations et acteurs de la politique de la ville, censé entretenir la dynamique impulsée. Ainsi, le désenclavement et la mobilité des habitants étant à l’ordre du jour, la délégation interministérielle à la Ville (DIV) vient de lancer un appel à projets sur la question.

Le candidat Sarkozy avait généreusement promis un « plan Marshall des banlieues » : force est de constater que le bilan, au bout d’un an, est pour le moins mitigé… La secrétaire d’État à la Ville elle même, Fadela Amara, lui octroyait la note de « 11 sur 20 », estimant modestement que cela allait « être long ». Manque d’ampleur, manque d’objectifs chiffrés : se défaussant sur certains hauts fonctionnaires accusés de freiner (particulièrement pour ce qui concerne l’installation de délégués du préfet dans 350 quartiers dits sensibles), elle a reconnu son retard dans la signature des contrats d’autonomie (seulement 2000 ont été signés, mais 19 000 sont prévus pour cette année…), et dans la mise en place du busing (transport des élèves de quartiers défavorisés vers d’autres quartiers).

De même, les écoles de la deuxième chance, qui s’adressent aux 18-25 ans en échec scolaire, sont loin d’exister dans tous les départements : on en compte 43. Sur le désenclavement, le projet de tramway (pour Clichy-sous-Bois et Montfermeil, en banlieue parisienne) souffre de désaccords sur le tracé. Le coaching, mesure-phare censée amener à l’emploi des jeunes sans qualification, est à la traîne ; le dossier sur l’arrivée de l’Internet haut débit n’avance pas non plus. Et le gouvernement veut relancer la réflexion sur les critères de définition des zones urbaines sensibles (ZUS), avec une prochaine mission parlementaire. En outre, depuis le mini remaniement, Fadela Amara se dispute avec Boutin, ministre du Logement, la tutelle de l’agence nationale de rénovation urbaine (ANRU).

Des doubles annonces sont faites pour des projets déjà financés

Les réponses doivent se décliner ministère par ministère. Avec celui de la Famille, la création d’une cellule d’alerte sur le décrochage scolaire est prévue. La police de proximité avait été bruyamment supprimée par Sarkozy : subrepticement, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, réintroduit depuis avril dernier des unités territoriales de quartier (UTeQ) avec le même objectif de rapprocher population et forces de l’ordre… Cent nouvelles UTeQ seront créées cette année. De même, sont annoncées des compagnies de sécurisation spécialisées (CSS), épaulées par des « réservistes expérimentés » habitants des quartiers.

Le plan Espoir banlieues fut repoussé tellement de fois qu’il avait été qualifié d’arlésienne du quinquennat. En juillet 2008, le Conseil économique et social (CES) avait estimé qu’il « n’engageait pas de pistes nouvelles » et manquait de moyens, en parlant d’une « réalisation incertaine ». Aujourd’hui, des associations d’élus comme l’association des maires Ville et banlieue (AMVB) dénoncent un plan en trompe-l’œil et signalent des doubles annonces faites pour des projets déjà financés.

Devenu il y a peu ministre de tutelle, Hortefeux veut accélérer le plan. Un prochain CIV doit se tenir « dans les trois mois » et examiner l’avancement des programmes d’action des différents ministères. Fadela Amara – qui dit vouloir instaurer un « véritable bouclier social » – ne s’en tirera pas avec des formules : le jour de l’investiture d’Obama, elle n’avait pas hésité pas à lancer : « Je pense qu’on peut aussi parler de Oba Amara. »