N° 919 | du 5 mars 2009

Critiques de livres

Le 5 mars 2009 | Jacques Trémintin

L’enfant : petit homme ou petit d’homme ?

Françoise Guillaume


éd. L’Harmattan, 2008 (208 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Enfance

Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’enfant était considéré comme un petit d’homme. Il fallait l’éduquer pour lui permettre de prendre la place qui lui était dévolue. Il fallait le modeler dans un moule sculpté à l’image de l’adulte attendu. Ce qui dominait alors, c’était l’hétéronomie : un corpus de pensées structurait l’individu et ordonnait le moindre de ses actes personnels ou collectifs. Tout était organisé pour que chacun se reconnaisse comme partie d’un ensemble. La personnalité traditionnelle incorporait ces normes avec un bonheur inégal, mais ce qu’on attendait de l’individu, c’est qu’il se soumette à l’autorité. L’accession progressive au stade du petit homme va prendre des siècles.

C’est l’émergence du processus d’individualisation qui va permettre le passage d’une société assujettie à une société sujette d’elle-même. La personnalité contemporaine se déploie dans un contexte où les instances hégémoniques ont explosé, l’individu se considérant lui-même dans un fantasme d’auto-construction, avant de se considérer comme un parmi tant d’autres. La cohérence sociale est perçue non pas tant comme l’appartenance à un groupe de référence, mais comme une juxtaposition de légitimités individuelles. S’il y a conflit, c’est entre l’ordre social et le registre du désir. Et la limite ayant disparu entre le désir et le besoin, c’est la soif d’avoir qui se manifeste. Le sentiment de maîtrise de la vie est tel, que toute contrariété est vécue comme une injustice insupportable. À l’impression d’étouffement dans un monde fixe et sclérosé, a succédé l’angoisse liée à l’insécurité d’un univers qui bouge en permanence et à l’absence de valeurs communes, la parole de chacun ayant le même poids.

Alors que jamais il n’a été confronté si jeune à l’autre, ne serait-ce que par sa fréquentation des écoles maternelles, le premier avec qui chacun se trouve amené à composer, c’est soi-même ! La famille ne se vit plus comme le chaînon de base de la société, mais comme l’extension de l’individu. L’école ne se pose plus comme le lieu de la transmission des savoirs mais comme vecteur d’épanouissement personnel. L’éducation qui a été conçue pour permettre à l’enfant de passer de la nature à la culture, semble vouloir produire aujourd’hui des adultes heureux et équilibrés. Il ne s’agit pas d’exiger le renoncement au plaisir et l’acceptation de la frustration comme autant de vertus cardinales et prescrites, mais d’abandonner la satisfaction immédiate pour entrer dans la socialisation.

Entre ceux qui pensent que l’enfant sait de manière innée ce qui est bien pour lui et ceux qui fixent un cadre rigide, il convient de trouver la voie d’une autonomisation reconnaissant l’enfant comme à la fois petit d’homme et petit homme.


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