N° 933 | du 18 juin 2009

Critiques de livres

Le 18 juin 2009 | Jacques Trémintin

L’éducation par les mots

Christel Demey


éd. L’Harmattan, 2007 (236 p. ; 21 €) | Commander ce livre

Thème : Education

Christel Demey nous propose un ouvrage dense et passionnant sur la force parfois destructrice des mots. Elle ne remet pas en cause les propos parfois rudes adressés par les parents à leur enfant, pour les faire obéir ou enrayer ceux de leurs comportements qu’ils jugent néfastes. Ils ont le droit d’être parfois épuisés ou de décompenser. C’est ce langage massivement dépréciatif qui s’inscrit dans la durée et la répétition, dans l’acharnement et la puissance de conviction, qu’elle considère comme toxique. Ce sont ces attaques verbales qui signifient à l’enfant son peu de valeur ou de respectabilité, ces interprétations hâtives qui le dénigrent et le dévalorisent, le découragent et le culpabilisent, lui prédisent un avenir sombre et lui ferment toute perspective d’évolution, ces exigences démesurées ou ces sanctions disproportionnées qui le stigmatisent.

Le cerveau de l’enfant est trop immature pour imaginer que des causes extérieures puissent expliquer ce désamour. Il aime ses parents d’une manière inconditionnelle et pense que tout vient de lui. Il peut alors grandir avec une image de soi abîmée, un mal-être persistant, un sentiment de non-confiance et de manque affectif. Cette mésestime de soi peut provoquer des réactions actives (agressivité, provocation, surinvestissement, troubles du comportement…) ou au contraire passives (inhibition, timidité, pessimisme, maladies psychosomatiques…). Elle peut affecter tant les fonctions cognitives (échec scolaire), que les perceptions (doutes perpétuels, indécisions). Tous les parents agissant ainsi ne sont pas des pervers. Certains reproduisent ce qu’ils ont vécu eux-mêmes. D’autres sont parfois victimes de maladies douloureuses, de troubles de la personnalité, de vulnérabilités temporaires ou durables. D’autres encore se sentant parfaits, veulent des enfants à leur image, ou bien se sentant ratés, attendent qu’ils les réparent. Ces comportements s’inscrivent en cohérence avec une société méritocratique qui idéalise la performance, refuse le droit à l’erreur, recherche l’efficacité, survalorise l’image et déprécie les difficultés émotionnelles.

Christel Demey ne prétend pas qu’il faille renoncer à critiquer son enfant ou à lui exprimer ses déceptions. Ce qu’elle remet en cause, ce sont les comportements humiliants, menaçants et intrusifs. Elle en appelle à fixer des règles claires, concrètes, stables, congruentes et adaptées à l’âge de l’enfant. Elle préconise de positiver l’expérience de l’enfant, en valorisant ses réussites et en verbalisant de manière bienveillante ses échecs comme autant de moyens de progresser. Elle revendique d’écouter ses propres émotions négatives comme celles de l’enfant. Ce sont les tendres messages d’amour, d’intimité et de protection qui garantiront la sécurité de base, source des sentiments d’estime de soi et de confiance en soi.


Dans le même numéro

Critiques de livres

Joseph & Caroline Messinger

Dis maman, pourquoi on peut pas dire merde ?