N° 1003 | du 27 janvier 2011

Critiques de livres

Le 27 janvier 2011 | Jacques Trémintin

L’éducation des sourds et muets, des aveugles et des contrefaits au siècle des Lumières (1750-1789)

Jean-René Presneau


éd. L’Harmattan, 2010 (211 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Sensoriel

Le handicap a longtemps fait l’objet d’amalgames entremêlant fantasmes, idées populaires et notions médicales fragmentaires. On riait facilement de la maladresse d’un aveugle, du bafouillage d’un bègue, de la claudication d’un boiteux ou de la déformation d’un bossu, tout en attribuant tour à tour aux sourds une vue exceptionnelle et aux aveugles une ouïe extraordinaire. L’invalidité était alors source de rejet (à l’égard de la différence) et d’angoisse (par crainte d’en être atteint soi-même). Il est notable que des expressions de cette époque ont perduré encore aujourd’hui : on parle ainsi de « colère aveugle » et d’« inquiétude sourde », preuve s’il en est de la méconnaissance dans laquelle se trouvaient alors les valides face à ceux qu’ils prenaient pour des sauvages ou des dégénérés. Mais, même s’ils restèrent aux yeux de leurs contemporains des infirmes, les sourds-muets et les aveugles appartenaient aux catégories des infortunés les plus tolérés, que l’on considérait parmi les plus proches de l’humanité et de la civilisation.

La plongée dans le siècle des Lumières que nous propose Jean-René Presneau est riche d’enseignements qui nous relient aux racines de l’éducation spécialisée. Les déficiences auditives et visuelles commencèrent alors à faire l’objet de l’attention et de la préoccupation de leurs contemporains, grâce à la mobilisation de trois groupes de pression. Les familles d’abord, qui aspiraient à voir leurs enfants guérir de leur handicap. Les philanthropes ensuite (au premier rang desquels les francs-maçons), qui se montrant soucieux du bonheur de leurs contemporains défendaient l’instruction du peuple comme moyen de favoriser le commerce et la circulation des biens et des hommes. Ils n’hésitèrent pas à étendre cette ambition de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture ainsi que des règles de civilité aux populations déficientes. Les hommes publics enfin, inquiets du maintien de l’ordre que contribuaient à déstabiliser les infirmes (on énucléait volontiers un enfant et lui cassait un membre, avant de l’envoyer mendier).

Quand les premières tentatives pour comprendre leurs affections et leur appliquer des traitements empiriques, médicaux ou chirurgicaux montrèrent leurs limites, un certain nombre de médecins, d’instituteurs ou de religieux se mirent en quête de les instruire. L’histoire a retenu les noms de l’abbé de l’Epée ou de Valentin Haüy. Mais Jean-René Presneau nous en présente bien d’autres, démontrant ainsi que l’éducation de ces enfants fut l’œuvre de toute une série de personnalités convaincues que pour faciliter les apprentissages linguistiques et cognitifs, il fallait leur appliquer une pédagogie adaptée et les faire bénéficier de relations affectives positives.


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