N° 1108 | du 6 juin 2013

Critiques de livres

Le 6 juin 2013 | Jacques Trémintin

L’économie qu’on aime !

Amandine Barthélémy, Sophie Keller, Romain Slitine


éd. Rue de l’échiquier, 2013 (108 p. ; 10 €) | Commander ce livre

Thème : Économie

L’économie va mal ? La croissance est en panne ? Le chômage s’accroît ? Ce petit livre a de quoi redonner de l’espoir à tout lecteur pensant qu’il y aurait là une fatalité. Il démontre avec brio que les théories néolibérales n’ont rien d’intangibles, ni d’immuables.

Un entrepreneur ne peut être qu’un autocrate dominant ses salariés ou un dirigeant instrumentalisé par les actionnaires ? Faux. Il existe des patrons réinventant leur pouvoir d’agir et refusant d’avoir pour seul et unique objectif l’accumulation patrimoniale, à l’image de la maison Bosch, leader mondial de l’électronique (50 milliards d’euros et 300 000 employés dans 135 pays), fonctionnant en tant que fondation d’utilité publique, gérée de façon paritaire entre les dirigeants du groupe et les représentants du personnel et dont 99 % des profits sont réinvestis. Les entrepreneurs n’ont d’autres solutions que de délocaliser, pour bénéficier de moindres coûts de production, approuvés en cela par des consommateurs satisfaits de la baisse des prix à la vente ? Faux.

À Romans, l’usine MGI Coutier associée à l’ESAT (établissement et service d’aide par le travail) de l’Adapei a réussi à convaincre Ford de lui sous-traiter la production de pièces détachées. Le coût unitaire est sept fois plus cher qu’en Tunisie. Mais si l’on intègre le prix du transport, la qualité et la flexibilité de la production, l’opération est d’un point de vue économique avantageuse. La seule marge de manœuvre existant pour préserver la survie de l’entreprise est l’emploi utilisé alors comme variable d’ajustement ? Faux. Dans la région de Lille, AlterEos emploie près de cinq cents salariés porteurs de handicap physique ou mental. Quand des difficultés s’accumulent au milieu des années 2000, son PDG refuse de licencier, préférant réorienter l’activité.

Après la formation de ses employés, elle tourne de nouveau : 80 % de son activité repose sur les métiers tertiaires, alors qu’ils dépendaient de l’industrie en 2007. L’absence de qualification et la non-employabilité d’un salarié sont un obstacle incontournable à son emploi ? Faux. Envie, leader du secteur de l’électroménager rénové garanti, qui a développé depuis vingt ans une activité de récupération et de revente, regroupe quarante-cinq filiales. Sur les mille quatre cents salariés employés, mille étaient particulièrement éloignés de l’emploi (non formés, addiction, difficultés de logement…), avant de retrouver un travail dans une entreprise qui démontre qu’il est possible de s’adapter aux individus, sans poser comme exigence préalable que ce soit eux qui s’adaptent.

Toutes ces entreprises ont fait le choix de l’humain en se fondant sur des critères tels la durabilité, la réduction des inégalités, le potentiel et la répartition spatiale du bien-être.


Dans le même numéro