N° 1146 | du 4 septembre 2014

Faits de société

Le 4 septembre 2014

L’école, entre inégalités et violences

Joël Plantet

Au début de l’été, l’Insee a constaté une fois de plus que les métiers de l’Éducation nationale étaient «  exposés aux menaces et aux insultes  ». En parallèle, l’idéal d’une éducation républicaine continue d’être mis à mal.

La proportion est environ deux fois plus élevée que dans l’ensemble des autres professions : 12 % des personnels de l’Éducation nationale (professeurs des écoles, enseignants du second degré, conseillers et assistants d’éducation, chefs d’établissement…) déclarent faire l’objet de menaces ou d’insultes dans l’exercice de leur métier. Les personnels les plus jeunes sont particulièrement exposés et, sans surprise, six fois sur dix, un mineur est à l’origine des faits. Les enseignants démarrent souvent leur carrière en collège où le climat scolaire est plus dégradé et, avec l’ancienneté, exercent dans des établissements moins exposés aux violences. Le phénomène est de taille : en moyenne, 46 % des personnels de l’Éducation nationale menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier signalent des séquelles telles que des troubles du sommeil ou une perte de confiance en soi…

Mise en place à la rentrée 2007 par le ministère de l’Éducation nationale, l’enquête Sivis (système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire) avait interrogé pour l’année scolaire 2012 – 2013 environ 6 300 établissements publics du second degré : 4,3 incidents graves y étaient signalés pour cent personnels de l’Éducation nationale, les deux tiers des victimes étant enseignants.

La question des moyens est évidemment centrale et les indicateurs convergent : révélé par Mediapart en juillet, un rapport interne s’inquiétait d’une part de la faisabilité de la promesse de créer 60 000 postes dans l’éducation, d’autre part d’une prévision de baisse des taux d’encadrement dans les années à venir, compte tenu des départs en retraite et de la hausse des effectifs. En outre, le renouvellement des contrats uniques d’insertion (CUI, au nombre de 22 000 le 1er juillet dernier), ces emplois de vie scolaire créés pour «  renforcer la présence d’adultes dans les établissements  », n’était pas encore assuré.

Loi implacable de cumul des handicaps et des injustices

François Hollande avait décrété en 2012 le front de l’éducation comme «  priorité des priorités  ». Pourtant, force est de constater que les inégalités – en termes de conditions d’études, de mixité sociale, de qualification des personnels enseignants, de qualité des bâtiments et matériels… – s’aggravent. En juillet, plusieurs travaux ont convergé pour estimer que les risques de décrochage scolaire restaient très inégaux selon les régions ; intitulés Géographie de l’école 2014 (provenant du ministère de l’Éducation) et Atlas académique des risques sociaux d’échec scolaire (du Centre d’études et de recherches sur les qualifications – Céreq) ces travaux l’ont prouvé, concomitamment avec trois études de la région Île-de-France sur les limites de la mixité sociale dans les établissements franciliens.

En une loi implacable de cumul des handicaps et des injustices, les risques de décrochage sont ainsi bien plus importants dans les académies dont les populations souffrent déjà de la précarité et du chômage. Les académies de Créteil et de Versailles, considérées comme peu attractives parce que concentrant des publics difficiles, sont pourtant celles où l’on trouve le plus de jeunes profs débutants. Le jeu des options (latin, allemand, grec, par exemple) participe – et pas seulement en Île-de-France – à l’aggravation de la ségrégation, en regroupant les élèves les plus performants ou simplement ceux des milieux les plus aisés. Certains spécialistes reconnus, tel le pédagogue Philippe Meirieu, recommandent depuis longtemps d’agir sur trois leviers (institutionnel, politique et pédagogique) pour réduire ces inégalités. La justice scolaire est encore loin d’être une réalité.