N° 702 | du 25 mars 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 25 mars 2004 | Jacques Trémintin

L’école entre Autorité et Zizanie

LIFE


éd. Chronique Sociale, 2004 (128 p. ; 12,90 €) | Commander ce livre

Thème : École

Ce sont les chercheurs en sciences de l’éducation de l’université de Genève qui nous proposent ce petit abécédaire reprenant un certain nombre de concepts qui nourrissent la polémique entre les tenants du savoir et ceux de la pédagogie. De A comme Autorité jusqu’à Z comme Zizanie, le lecteur retrouvera 26 notions (une pour chaque lettre de l’alphabet) traitées par des tenants de la réforme qui considèrent à juste raison que « défendre inconditionnellement toute innovation serait aussi vain que de l’attaquer quels que soient son contenu et ses raisons, juste parce qu’elle prétend changer l’école » (p.13).

Face aux dogmes autoritaires qui semblent revenir à la mode, il est essentiel de rappeler que le bon maître, s’il ne doit pas renoncer à son autorité, sait néanmoins ne pas en abuser. Un pouvoir légitimé n’est ni charismatique, ni absolu, mais négocié, discuté, institutionnalisé : ce n’est pas le pouvoir du plus fort, ni du plus retors, mais le pouvoir d’une personne autorisée à l’exercer.

L’essence de l’éthique démocratique nécessite plus de compétences et de coopération que de savoirs. L’apprentissage des connaissances n’est pas, on le sait, chose facile. Tout le monde voudrait bien accéder à la culture, mais y parvenir nécessite d’apprendre, ce qui implique des efforts qui mobilisent tant l’intelligence que la curiosité. Éduquer et instruire, c’est mettre en présence un sujet singulier, ses croyances et ses représentations culturelles avec un savoir et des règles de base relevant de l’universalité. Mais en faisant de la réussite scolaire une question de transpiration et de bonne volonté, on prend le risque d’enfermer les élèves dans n’importe quel effort, même besogneux, même absurde, même vain.

Ce n’est jamais le travail intellectuel qui ennuie, mais la monotonie répétitive des tâches mécaniques dépourvues de sens. En provoquant de l’échec, l’école s’attaque à l’estime de soi de l’élève et le pousse à la honte et parfois à la haine et à la révolte. La démarche pédagogique consiste, elle, à ne plus voir en l’enfant un simple réceptacle de connaissances mais un acteur de son propre apprentissage, à chercher son adhésion et à individualiser son parcours. Car, le maître ne peut transmettre qu’à condition que ses élèves construisent ce qu’il a construit, qu’ils se l’approprient et l’intègrent dans leur propre manière de voir et de comprendre le monde.

Ce n’est peut-être, finalement, ni l’élève, ni le savoir, ni le maître qu’il convient de mettre au centre, mais l’apprentissage et surtout les obstacles rencontrés ainsi que les recherches sur les meilleures manières de les surmonter. Cela nécessite non de savoir ce qu’il faut faire, mais bien plutôt à faire ce qui semble le mieux en l’état des connaissances accumulées et des finalités éducatives envisagées : la singularité de chaque situation contraint à l’affronter à chaque fois de façon différente.


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