N° 1130 | du 12 décembre 2013

Critiques de livres

Le 12 décembre 2013 | Jacques Trémintin

L’art de ne pas être un égoïste. Pour une éthique responsable

Richard David Precht


éd. Belfond, 2012 (475 p. ; 22,50 €) | Commander ce livre

Thème : Philosophie

Il est fréquent d’identifier comme positives des valeurs comme l’honnêteté, la franchise, l’amitié, la fidélité, la loyauté, la politesse, l’amabilité, l’altruisme, l’empathie… qualités qui constituent les fondements de la citoyenneté et de l’attention aux autres.

Tout au long d’un ouvrage passionnant, car particulièrement cultivé et argumenté, Richard David Precht nous propose d’élucider la dimension universelle et éternelle de telles vertus. Il nous entraîne, à cet effet, dans les réponses apportées par les philosophes depuis deux milles ans. Il y a ceux qui défendent la nature intrinsèquement mauvaise de l’être humain qui serait avant tout et surtout motivé par de froids calculs égoïstes et des raisons narcissiques. Il en est d’autres totalement convaincus que la capacité à se montrer juste est profondément enracinée dans notre espèce, la propension à coopérer lui étant en outre inhérente. Et puis, il y a ceux pensant que l’impulsion précède toute réflexion consciente, l’argumentation nous faisant évaluer ce qui est bon ou inacceptable, précieux ou sans valeur, intervenant toujours après coup.

Au final, Richard David Precht revendique l’ambivalence fondatrice de notre humanité : nos actes égocentriques sont une part indéniable de notre nature, mais nos actions altruistes en font tout autant partie. Les personnes entièrement bonnes ou totalement méchantes n’existent que dans les contes. Si l’homme est le seul animal à pouvoir décider consciemment d’agir de façon immorale, en nuisant délibérément à son prochain, il est tout autant unique dans sa capacité à le regretter ensuite et à se sentir sincèrement coupable. Ce qui part d’une bonne intention peut très mal se terminer et inversement. Ce qui est bien pour l’un, ne l’est pas forcément pour l’autre. L’altruisme n’est pas toujours du côté du positif et l’égoïsme du côté du négatif. Une vie absolument vertueuse est aussi ennuyeuse, qu’une vie marquée par le seul vice peut être désolante.

Partout où il y a des êtres humains, on trouve l’attention à l’autre, la bienveillance et l’envie de vivre en paix qui côtoient le meurtre, le vol et le mensonge. Le désir, tant diabolisé par les philosophes et les théologiens, nous pousse autant à l’envie et à l’avidité qu’à l’amour et à l’attention portée à l’autre. Le bien et le mal n’existant pas en eux-mêmes, objectivement, ce qui est considéré comme loyal ou déloyal, convenable ou inconvenant, dépend de la morale du groupe de référence auquel on appartient, références constituées elles-mêmes d’un ensemble de normes souvent rigides et arbitraires, figées et excessives, nécessaires mais illusoires. Ce qui nous guide, ce ne sont ni des principes abstraits, ni des convictions absolues, mais le souci de jouir de la reconnaissance d’autrui.


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