N° 1150 | du 30 octobre 2014

Critiques de livres

Le 30 octobre 2014 | Jacques Trémintin

L’affectif et la protection de l’enfance

Christian Allard


éd. ESF, 2013 (139 p. – 17,90 €) | Commander ce livre

Thèmes : Protection de l’enfance, Relation

Loin des idées reçues du secteur, aussi désuètes qu’obsolètes, sur la «  bonne distance  » ou «  l’affectif appartient aux seuls parents  », Christian Allard propose une étude sinon exhaustive, du moins extrêmement détaillée sur la question de l’affectivité. Sémantique, philosophie, psychologie, droit, vignettes cliniques, expériences de terrain sont convoqués pour apporter un éclairage large et approfondi. L’affectif est pour tout être humain la source des relations à l’autre et le fondement de ses actes, rappelle-t-il. C’est vrai pour l’enfant : le lien à une personne fiable, prévisible, disponible et sensible constituent un besoin primaire, basique et premier non réductible à la satisfaction des seuls soins physiologiques.

Dès lors où il est confronté à des figures d’attachement marquées par l’impermanence, l’imprévisible et l’incompréhensible, il se trouve privé de cette sécurité intérieure indispensable pour lui permettre d’apprendre à réguler ses émotions : le sentiment de peur se mue en terreur, celui de surprise en panique et celui de tristesse en désespérance. Dès qu’on lui offre une niche affective réassurante, son développement peut reprendre un cours bien mieux structuré. C’est vrai aussi pour les professionnels chez qui la protection de l’enfance induit des émotions et des mouvements affectifs dont la force, et parfois la violence, plonge dans l’histoire personnelle. Plus ils sont confrontés à l’enfant carencé, plus ils sont exposés aux chocs émotionnels. Pour s’en protéger, ils ont imaginé une posture de repli : désaffectiver toute relation, le degré de professionnalisation étant jugé inversement proportionnel à l’attachement.

Christian Allard démontre l’absurdité et la nocivité de cette préconisation qui prive l’enfant d’un support essentiel de son épanouissement : se renarcissiser, en investissant des figures de protection, d’identification et de projection.


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