N° 775 | du 24 novembre 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 24 novembre 2005

L’activité du centre Primo Levi

Mireille Roques

En 10 ans, des évolutions se sont manifestées quant aux caractéristiques des patients pris en charge par le centre Primo Levi. Les nationalités - 81 au total - ont évolué de façon significative, avec une baisse des Kurdes de Turquie – toujours majoritaires mais en régression depuis 2002 – l’absence totale des Algériens – pourtant nombreux en 1999/2000 – et la constante progression des Congolais qui constituent maintenant le groupe le plus important des nouveaux patients.

Les Tchétchènes ont pris le relais des Bosniaques et si les Tamouls du Sri Lanka, les Haïtiens ou les personnes originaires de l’Asie centrale sont moins nombreux à solliciter le centre, ils souffrent comme les autres de la saturation de ses moyens. L’âge des patients n’a cessé de baisser, les mineurs étant de plus en plus nombreux à être pris en charge, situation due en partie au fait qu’ils sont prioritaires. Cela explique qu’en 2004, près du tiers des nouveaux patients soit constitué de mineurs – essentiellement des Angolais, Rwandais et Tchétchènes — le taux des « isolés » dépassant pour la première fois celui des « accompagnés ».

Également inquiétante, la montée en puissance des patients demandeurs d’asile et déboutés, concomitante à la diminution des patients statutaires. Cela explique en partie le nombre croissant de SDF, les places en CADA couvrant une toute petite partie des besoins et les solidarités communautaires ne pouvant plus suffire. Cette population sans statut fixe, dépourvue d’hébergement stable, de plus en plus jeune et isolée, aurait besoin d’une prise en charge rapide et soutenue. Or le centre Primo Levi ne parvient plus à répondre à la demande.

Pourtant, alors même que sa capacité globale d’accueil a été réduite en 2004 – limitation des ressources financières –, le nombre de consultations a augmenté de plus de 7 %, avoisinant les 4000. Cela a pu se faire grâce à une meilleure organisation et une sensibilisation des usagers aux effets de l’absentéisme. Environ 60 % des patients bénéficient d’un suivi de plus d’un an (souvent de plusieurs années) et, pour ce faire, le centre emploie treize professionnels – deux médecins généralistes, cinq psychothérapeutes, une assistante sociojuridique, un kinésithérapeute, un dentiste, deux juristes et une accueillante. Si besoin, il est fait appel à des interprètes.

Enfin, le centre développe des actions de formation et d’information, tant en France qu’à l’étranger – Russie, Haïti, Algérie. Des séminaires sont proposés à Paris et en province qui aident des associations ou organismes, comme France Terre d’Asile, le CAOMIDA, Amnesty, ACAT ou le HCR, à mieux prendre en charge les populations auxquelles ils sont confrontés. Fin 2004, un centre de formation a vu le jour et, cette même année, l’association Primo Levi s’est vu attribuer le prix des droits de l’homme de la République française, ce qui constitue une reconnaissance et un encouragement.


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