N° 830 | du 1er mars 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 1er mars 2007

L’accueil temporaire, le droit au répit pour les aidants familiaux

Katia Rouff

Thème : Structure temporaire


Pendant vingt-six ans, le Monastère à Villecerf (Seine-et-Marne) a accueilli des personnes polyhandicapées pour des séjours plus ou moins longs, offrant ainsi un droit au répit aux aidants familiaux. L’accueil temporaire, chaînon manquant entre le placement en établissement et la vie à domicile des personnes lourdement handicapées ou âgées, que les aidants familiaux appelaient de leurs vœux est désormais reconnu par la loi et voué à se développer

C’est un ancien monastère, une bâtisse du XVIIe siècle entourée de 4000 m2 de verdure. Des enfants, adolescents et adultes polyhandicapés y passent de quelques jours à plusieurs semaines de vacances [1]. Ancienne maison de vacances spécialisée, elle a pratiqué l’accueil temporaire pendant vingt-six ans sans financements publics, les séjours étant financés par l’association Les Amis de Karen dont elle dépend et par une participation financière des parents.

En application des textes récents, le Monastère obtient l’agrément « Accueil temporaire » en décembre 2005 et devient, le mois suivant, la première structure médico-sociale d’accueil temporaire d’Ile-de-France. La loi du 2 janvier 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale, reconnaît l’accueil temporaire comme un élément de soutien pour les personnes lourdement handicapées ou les parents âgés vivant à domicile et pour leurs aidants (lire l’interview de Jean-Jacques Olivin, président du Grath). Il donne la possibilité aux familles de souffler pour se ressourcer, faire des projets, mener à bien leur vie professionnelle ou sociale. Un moment bénéfique aussi pour la personne handicapée ou âgée puisqu’il favorise son intégration sociale, le maintien ou le développement de son autonomie.

Un séjour préparé avec les familles

« Le séjour lui fait du bien, l’ambiance est familiale, l’équipe dynamique, les activités nombreuses : contes, musique, déguisements à l’occasion d’Halloween, course aux œufs dans le jardin à Pâques, moments de détente et de relaxation », apprécie la mère de Marianne âgée de vingt-et-un ans qui, depuis huit ans, passe ses vacances au Monastère lorsqu’elle ne part pas en famille et y retrouve des amies également fidèles au lieu.

L’établissement, qui dispose de douze places, dont huit en internat. fonctionne toute l’année et propose diverses formules. En raison du lourd handicap des personnes accueillies, le Monastère bénéficie d’un financement de la Sécurité sociale.

Les personnes handicapées peuvent d’abord venir accompagnées de leur famille pour être rassurées, puis seules. Elles peuvent également bénéficier d’un séjour « maintien du lien familial », pour un moment de détente et de vacances avec leurs parents vieillissants qui ne peuvent plus les accueillir chez eux durant les vacances lorsqu’elles vivent en internat. Enfin, deux week-ends par an, elles peuvent venir pour effectuer une retraite spirituelle, accompagnées de bénévoles.

Dans tous les cas de figure, l’équipe assure leur prise en charge. « L’originalité de notre structure est l’accueil des familles, souligne Michel Plassart, le directeur. Elles sont souvent angoissées à l’idée de nous confier leurs enfants pour quelques jours et notamment pour la nuit, car ils n’ont pas l’habitude de dormir hors du domicile familial. » L’accueil de la famille prend une forme tout à fait originale lors d’un week-end de préparation réalisé en partenariat avec le Centre de ressources multihandicap de l’association Les Amis de Karen [2] et le centre de formation Domestia qui forme des aides à domicile amenées à travailler avec des personnes polyhandicapées dans le cadre de l’accueil temporaire.

Durant ces deux jours, les parents et la fratrie travaillent avec ces stagiaires aides à domicile et les professionnels de la maison d’accueil temporaire pour préparer le séjour. « La famille transmet des informations concernant la personne handicapée, notamment en matière d’ergonomie. Tout le monde travaille sur un pied d’égalité pour préparer son accueil, l’objectif étant qu’elle revienne seule trois semaines plus tard passer un week-end avec les mêmes professionnels du Monastère », explique le directeur.
À la suite de ce second week-end, l’équipe réalise un bilan et si les choses se sont bien passées, elle pourra bénéficier de plus longs séjours. « Les parents nous la confient alors de façon sereine », dit le responsable.

L’accueil est vraiment adapté à chaque personne handicapée et à ses spécificités. Ainsi, malgré le week-end de préparation pour l’accueil de son fils de vingt-et-un ans très lourdement handicapé, sa mère est venue passer cinq autres journées avec lui et toute l’équipe pour montrer les gestes techniques adaptés à ce handicap.

Aussi riche soit-il, le travail en maison d’accueil temporaire n’est pas simple pour autant. Le travail administratif (accueil, réception d’appels téléphoniques, gestion des plannings) est bien plus important que dans une structure d’accueil permanent puisque les résidents se succèdent. En onze mois de fonctionnement, le Monastère avait déjà reçu quatre-vingt-dix personnes. Le personnel administratif jongle avec les plannings, ce qui demande une organisation serrée. Il donne priorité aux enfants qui viennent durant les vacances scolaires, puis aux longs séjours, à l’accueil des personnes qui viennent régulièrement et enfin, il planifie les week-ends, avec toujours le souci de coller au plus près à la demande des familles.

L’équipe d’accompagnement, elle, doit s’adapter à l’accueil de nouvelles personnes, ce qui constitue à la fois la difficulté et la richesse de cette forme d’accueil. L’établissement fonctionne avec l’équivalent de 22,06 postes à temps plein. Directeur, infirmière, psychomotricienne, ergothérapeute, aides-soignants, agents de soins, veilleurs de nuit, personnel administratif, responsables de l’entretien et de la restauration constituent l’équipe à laquelle appartient également le médecin du village qui passe deux fois par semaine au Monastère.

L’accueil temporaire demande de grandes capacités d’adaptation

L’accueil temporaire de personnes lourdement handicapées demande donc à l’équipe une adaptation perpétuelle. « Nous ne connaissons pas la personne qui arrive, nous avons besoin d’un temps pour décoder son comportement, ses besoins, d’autant qu’elle n’a pas accès à la communication verbale, souligne Michel Plassart. À peine y sommes-nous arrivés qu’elle repart et est remplacée par une autre. Nous devons faire preuve d’une perpétuelle adaptation qui demande sens de l’observation et de l’écoute. » Le personnel appréhende toujours d’accueillir une personne nouvelle : malgré les informations que lui délivre son dossier, il se trouve face à l’inconnu.

Les séjours peuvent très bien se passer ou s’avérer difficiles, d’autant que certaines personnes polyhandicapées présentent des troubles du comportement associés. « Il faut savoir accepter la surprise, qu’elle soit bonne ou mauvaise », sourit le directeur. Le personnel éprouve aussi parfois des difficultés à travailler sous le regard des parents.

Aussi, la direction de l’établissement, en lien avec le Centre de ressources multihandicap [3] avec lequel elle a construit le projet et qui reste toujours à son écoute, réfléchit-elle à la mise en place de formations spécifiques à l’accueil temporaire des personnes lourdement handicapées. L’intervention d’une personne extérieure, à laquelle plusieurs fois dans l’année l’équipe pourrait confier ses difficultés, est également envisagée.

L’accueil temporaire, on le voit, demande un travail d’adaptation très important. Riche et complexe pour l’équipe, il permet aux personnes handicapées de passer des vacances familiales et actives et à leurs parents de « souffler », pour mieux repartir avec elles (lire les témoignages).


[1Maison d’accueil temporaire Le Monastère - 85, rue Grande – 77250 Villecerf. Tél. 01 64 24 96 36

[2Lorsqu’elle ne peut plus répondre à la demande, l’équipe oriente les familles vers une maison d’accueil spécialisée (MAS) de l’association qui propose des places en accueil temporaire ou vers le site Internet du Groupe de réflexion et réseau pour l’accueil temporaire des personnes handicapées (GRATH) qui recense toutes les structures qui en proposent

[3Centre de ressources multihandicap -Le Fontainier – 42, rue de l’Observatoire - 75014 Paris. Tél. 01 53 10 37 37


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