N° 969 | du 15 avril 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 avril 2010

L’AMP est reconnue dans la filière éducative

Philippe Gaberan

Le point de vue de Philippe Gaberan, formateur et chercheur en travail social, auteur d’ouvrages sur le métier d’éducateur [1]

« Aujourd’hui, les référentiels de compétences différencient bien les métiers d’éducateur spécialisé, de moniteur éducateur et d’aide médico-psychologique. Les employeurs savent de mieux en mieux quels professionnels et quelles qualifications ils recherchent. Le métier de l’aide médico-psychologique et sa formation spécifique sont bien repérés et ses qualités professionnelles particulièrement recherchées. Les AMP ne sont pas considérés comme des sous-éducateurs spécialisés… Je dirais même que nombre d’entre eux en savent aujourd’hui bien plus qu’un éducateur spécialisé ayant suivi sa formation il y a trente ans, sans jamais la réactualiser, et qu’ils peuvent mobiliser davantage de compétences.

En revanche, il me semble tout à fait logique qu’un éducateur spécialisé, un conseiller en économie sociale et familiale ou un cadre de santé, occupent les fonctions de chef de service ou de coordinateur d’équipe dans une maison d’accueil spécialisée, un foyer d’accueil médicalisé, voire dans un foyer accueillant des adultes déficients intellectuels. Ils occupent ces postes parce qu’ils ont acquis les compétences pour en exercer les fonctions et les responsabilités et non par souci de fuir les tâches du quotidien. Certes, la fuite du quotidien a bel et bien existé mais ce mouvement ne me paraît plus essentiel aujourd’hui. En tout cas plus pour les mêmes raisons. Si les éducateurs spécialisés désertent le terrain c’est parce que, dans les années 1990, quelques psychosociologues leur ont fait miroiter les fonctions d’ingénieur du travail social. Il me semble tout à fait logique et sain qu’on trouve une majorité d’aides médico-psychologiques, des aides-soignants, quelques moniteurs-éducateurs et un ou deux éducateurs dans les établissements accueillant des personnes très dépendantes ou vieillissantes.

Avec une telle équipe, l’employeur a de bonnes chances d’atteindre les objectifs fixés par son projet d’établissement. Je fais partie de ceux qui soutiennent que les foyers pour adultes déficients intellectuels n’ont pas besoin d’une majorité d’éducateurs spécialisés. Très sincèrement, j’estime que leur place n’est pas là. Je pense que beaucoup de directeurs ont aujourd’hui une vision juste des ressources humaines et qu’ils n’embauchent pas les AMP à la place des éducateurs par souci d’économie. »


[1Etre adulte éducateur c’est… La place de l’adulte dans le monde postmoderne, éd. érès, 2010 (lire la critique)


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