N° 636 | du 3 octobre 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 3 octobre 2002 | Patrick Méheust

Jeux de drôles. Quand le théâtre transforme la violence

René Badache


éd. La Découverte, 2002 (192 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thèmes : Violence, Théâtre

A priori la technique paraît simple. On prend un groupe de jeunes « à problème », on leur demande de mimer une scène de leur vie quotidienne en faisant le pari qu’ils choisiront un moment particulièrement signifiant de leur existence puis on s’arrête, on discute et on envisage, éventuellement en les jouant également, les autres solutions qu’il aurait été possible de mobiliser pour se sortir de la situation en question. L’affaire s’appelle le théâtre forum et l’auteur qui pratique ce genre d’exercice depuis des années parvient, « preuves » à l’appui, à démontrer l’utilité du recours à cet artifice pour ouvrir un vrai dialogue. Il est sans doute plus facile, en effet, de se raconter à travers une scène jouée à plusieurs car la présence des « partenaires » et le détour emprunté par la mise en scène donne l’impression sécurisante de ne pas trop se livrer ou en tout cas pas directement.

Mais c’est justement en misant sur cet aspect protecteur que l’on peut espérer que les jeunes laisseront apparaître un peu de leurs véritables préoccupations. Autre intérêt, la mise à distance de son vécu par le biais du jeu théâtral permet de regarder le quotidien d’une autre façon, à la manière d’un spectacle ou plus exactement d’un scénario dont l’issue n’est pas unique, ni fatale d’ailleurs. À ce titre, le public qui suit la scène est mis aussi à contribution puisqu’il lui revient de proposer des alternatives par rapport à ce qui se passe. De la sorte, émerge le sentiment partagé que les choses ne sont pas jouées d’avance mais que, bien au contraire, chaque situation peut évoluer dans de multiples directions. Il suffit souvent d’une simple petite dose d’imagination pour que tout se déroule autrement.

De toute évidence, le théâtre s’avère un moyen propice pour faire prendre conscience aux jeunes qu’il existe d’autres logiques que celles qu’ils mettent en ?uvre habituellement et qui, trop fréquemment, les conduisent dans de douloureuses impasses. A travers le jeu, les adolescents découvrent leurs possibilités de création, leurs ressources propres, leur aptitude finalement à prendre en main leur propre destin et à s’inventer un avenir. L’espace du jeu constitue ainsi un véritable espace transitionnel au sens de Winnicott, permettant de se libérer progressivement des contraintes pour gagner en autonomie. C’est une manière aussi de se confronter à la règle puisque tout jeu en comporte une. Mais on s’aperçoit bien vite que la règle laisse encore une liberté immense à condition, bien sûr, de savoir la maîtriser correctement.

L’ouvrage de René Badache est riche d’exemples qui étayent son plaidoyer en faveur du théâtre forum. L’argumentation est convaincante et l’enthousiasme de l’auteur communicatif.


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