N° 940 | du 10 septembre 2009

Faits de société

Le 10 septembre 2009

Jeunes-police, ça se corse

Joël Plantet

Bavures policières, émeutes urbaines, problèmes de respect, violences de part et d’autre : un coup médiatique de réconciliation entre les jeunes et la police était lancé il y a quelques jours. Faut-il y croire ?

Peut-on pacifier les rapports entre jeunes des quartiers et police ? Ce n’est pas le slogan incantatoire « tolérance zéro pour les voyous, bavure zéro pour la police » qui résoudra quoi que ce soit. Il y a trois ans, un rapport avait déjà épinglé la « césure » police-population. Aujourd’hui, les drames se succèdent : violences urbaines en juillet après la pendaison d’un jeune durant sa garde à vue, émeutes après le décès d’un jeune motard fuyant un contrôle de police… Mi-juillet, Joachim Gatti a perdu un œil, touché par un tir de flashball lors d’un rassemblement de soutien à des squatteurs.

Le 31 août, une table ronde « jeunesse-forces de sécurité » réunissait 17 associations, quatre membres du gouvernement (Hortefeux, Darcos, Amara, Hirsch), des fonctionnaires de police et gendarmerie. Composée d’une personnalité indépendante, d’un psychologue et d’un haut fonctionnaire, une « équipe de conciliation » sera créée avant la fin du mois. Son job ? Désamorcer sur le terrain les situations de crise susceptibles de s’aggraver. Bon courage ! Par ailleurs, cinq groupes de travail – sur le territoire, le respect, l’autorité, l’égalité des chances et le dialogue en cas de crise – émettront des propositions d’ici deux mois.

Mais pourquoi certaines associations représentatives n’avaient-elles pas été invitées ? Si Ni putes ni soumises, SOS Racisme et des associations proches de l’UMP étaient là, le collectif Banlieues respect – qui dénonce une « opération marketing » –, ou d’autres se sont plaint d’avoir été écartées. Les associations demandent de ne pas ignorer la question des contrôles au faciès, dont la réalité a été rendue palpable par l’étude récente du CNRS. Rappelons que les individus perçus comme « Arabes » ou « Noirs » étaient considérablement plus contrôlés que ceux considérés comme « Blancs ».

Fonds de prévention utilisés pour financer la vidéosurveillance…

Le 1er septembre, une réunion interministérielle avait lieu avec Sarkozy, mettant l’accent sur de piètres chiffres en matière de délinquance. Des textes seront présentés, sur les bandes (adopté en juin par l’Assemblée, le Sénat doit l’examiner) ou les cambriolages. Le lendemain 2 septembre, Hortefeux réunissait les responsables de police et de gendarmerie pour, vertueusement, « rappeler les règles de courtoisie, de bien vivre ensemble, la question du tutoiement… » Côté réponses, on attend peu : le 21 août, le ministre a certes « baptisé » une nouvelle promotion de Cadets de la République, favorisant la mixité sociale au sein de la police, goutte d’eau dans l’océan de la discrimination.

On sait les difficultés de financement que rencontrent les associations. De nombreux spécialistes, dont le sociologue Laurent Mucchielli, plaident depuis des années pour une médiation continue et efficace. Au lieu de cela, le 5 mars 2007, la loi sur la prévention de la délinquance avait vivement inquiété les travailleurs sociaux. Celle-ci ne fonctionne pas : ni les contrats locaux de prévention (six signatures en 2008, une seule cette année), ni les conseils pour les droits et devoirs des familles (20 communes sur 36 000 l’ont mis en place), ni les dispositions sur l’absentéisme scolaire. Le conseil national des villes (CNV) regrettait récemment que les fonds de prévention aient surtout été utilisés pour financer la vidéosurveillance… Même les syndicats policiers estiment que les velléités ministérielles sont incompatibles avec la réduction des effectifs prévue dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et que la prochaine loi pénitentiaire, tendant à désengorger les prisons, va leur compliquer la tâche.