N° 864 | du 6 décembre 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 6 décembre 2007

Jeunes adultes : mettre sur sens sur des souffrances

Entretien avec Richard Durastante, psychologue clinicien et thérapeute familial

Ouverte depuis juillet 2002 à Rillieux-la-Pape, la permanence du Centre Jean Bergeret pour la prévention des conduites à risque des jeunes et des adolescents s’adresse également aux familles dans le cadre d’un soutien à la parentalité.
Propos recueillis par Bruno Crozat.

Quelle est votre mission dans le cadre de ce point écoute ?

Ma mission de psychologue consiste à recevoir les jeunes qui viennent pour des souffrances diverses, psychiques et pour des problèmes familiaux. Mon rôle est de parvenir à mettre du sens sur ces souffrances et ces difficultés. L’adolescence est une période de réaménagement. Le cadre familial est souvent bouleversé. Les parents ne savent plus comment s’y prendre avec ces jeunes qui grandissent. C’est difficile. Ma formation de thérapeute familial me permet, à travers celui qui vient, d’étendre cette écoute au groupe familial. Il ne s’agit pas seulement de prendre en compte l’individu en tant que tel, mais aussi sa famille à travers sa présence ou son absence. Quand les adolescents ne parlent pas, c’est souvent qu’ils ont peur de trahir les attentes de la famille. Je dois prendre en compte cette dimension.

Vous parlez d’écoute groupale. De quoi s’agit-il ?

L’écoute groupale prend en compte l’individu dans son milieu familial, avec la place qui lui est dévolue. Celle qu’il prend et celle qu’on lui donne. Même si sa place n’est pas enviable, c’est lui qui l’a prise. Même s’il s’en plaint. Lors du premier entretien je fais d’abord connaissance. J’essaie d’évaluer ce qui se passe. Parfois, un adolescent n’a pas de mots pour dire ce qui cloche. Je capte très vite la dynamique familiale. Je ne vais pas leur dire pour autant ce qu’il en est. Je les aide plutôt à mettre du sens sur leur mal-être. Celui-ci s’exprimera de différentes manières selon la façon dont se sont construits les liens familiaux et générationnels. Certains viennent pour des violences intra familiales, des violences physiques et verbales. Des jeunes s’infligent des scarifications ou des automutilations pour surmonter des poussées d’angoisse. Les jeunes filles s’en prennent plus facilement à leur corps. Il y a aussi l’alcool, le cannabis, c’est toujours une façon d’interpeller les parents. Ces derniers m’avouent souvent qu’ils ne savent plus quoi faire.

Si des adolescents ne savent pas mettre les mots sur leur malaise, comment entendez-vous la nature de leur souffrance ?

Ils s’expriment par des postures, des mimiques, par une présence ou une absence. Certains ne viennent plus au moment même où je pensais que c’était gagné. Un adolescent exprime sa souffrance en attaquant le cadre que je lui propose ou les à-côtés de ce cadre. Cela ne passe pas forcément par la parole mais par une mise en scène. Je pense à cette jeune fille de dix-huit ans. Elle est venue pendant quelques mois et ne supportait pas la séparation. Elle se sentait abandonnée. Je lui ai proposé une rencontre par semaine. Elle s’y investissait beaucoup. Mais elle me montrait aussi qu’elle pouvait se désinvestir très facilement. Pendant une période, tantôt elle venait, tantôt pas. C’est une façon de me dire : qu’est-ce que ça vous fait si je ne viens pas ? C’est important de tenir le coup dans ces moments-là. Elle jouait avec le cadre que je lui avais proposé. Un jeu sérieux. Quand un jeune n’a plus besoin de s’en prendre au cadre, qu’il vient régulièrement, il est possible alors de verbaliser le mal-être.

Pour vous, qu’est-ce qu’un écoutant ?

Je ne peux en parler qu’à travers ma profession de psychologue. C’est pour moi quelqu’un qui accueille une personne telle qu’elle est et qui respecte son rythme. Il écoute la groupalité familiale à travers l’individu. Il resitue ainsi dans son écoute et son accueil, la personne dans sa dynamique familiale et groupale, à travers sa façon d’accueillir et d’écouter. Du coup, vous percevez combien il est intéressant de travailler ensemble. Des éducateurs de rue vont resituer un jeune dans son environnement de quartier, dans son cadre familial. C’est ainsi que se crée du lien psychosocial autour de la personne.


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