N° 929 | du 14 mai 2009 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 14 mai 2009 | Jacques Trémintin

Je vais passer une bonne journée cette nuit

Brigitte Lavau


éd. du Seuil, 2009 (269 p. ; 17,50 €) | Commander ce livre

Thème : Autisme

La lecture de ce récit, écrit de main de maître par une éducatrice spécialisée, envoûte le lecteur sans qu’on sache vraiment pourquoi. Est-ce la description de ces adolescents souffrant d’autisme qui se montrent autant imprévisibles qu’ingérables mais que la magie de l’écriture nous rend si attachants ? Est-ce l’immense bienveillance qui n’a d’égale que la non moins impressionnante patience dont font preuve les professionnels à leur égard ? Est-ce le fonctionnement des Jonquilles, cet hôpital de jour qui les accueille et qui semble entièrement voué à leur bien-être ? C’est sans doute chacune de ces raisons en particulier et toutes ensemble qu’il faut convoquer… Toujours est-il qu’en commençant les premières pages de ce livre, on a du mal à s’en extraire avant d’en avoir tourné la dernière ! Pourtant, ces adolescents ont de quoi inquiéter par leur étrangeté.

Pénétrez dans la cafétéria et vous ne pourrez pas rester de marbre. Si certains jeunes sirotent tranquillement un café en feuilletant un journal, d’autres se balancent inlassablement d’avant en arrière, quand d’autres encore arpentent la pièce de long en large sans jamais s’arrêter. Chacun d’entre eux a sa propre originalité.

Il y a d’abord Mario qui vit des périodes d’angoisse terrible, au moment des repas : il refuse de manger ce qui est chaud ou cuit, n’acceptant d’absorber que des crudités, des fruits ou du fromage. Toute tentative pour lui faire goûter autre chose se termine par de terribles crises de violence. Et puis il y a Chérif qui interpelle tout adulte qu’il croise, l’interrogeant sur son emploi du temps ou voulant prendre connaissance de son dossier ou de celui des autres jeunes. Non par curiosité, mais par obsession de savoir, seul moyen de s’apaiser. Anthony, lui, semble avoir la phobie des autres. Il dissimule son beau visage sous son pull-over ou son tee-shirt et s’isole souvent dans le parc. Kevin, son frère jumeau, est pris d’une autre manie : la lenteur. Il met environ dix bonnes minutes pour répondre à la poignée de main qu’on lui tend. Au repas, il réussit enfin à s’asseoir quand tout le monde a terminé. Quand il entre aux toilettes, il en a pour une heure trente, n’en sortant que lorsqu’on vient tirer la chasse d’eau pour lui. Quant à Léo, il affectionne tout particulièrement de faire tournoyer ses chaussettes au bout de sa main. Régulièrement, elle lui échappe. Cela n’a guère d’importance, sauf le jour où son précieux morceau de tissu est passé par la fenêtre et que Léo a voulu le suivre : il était au troisième étage. Heureusement qu’un de ses copains l’a rattrapé par les jambes. Et puis bien d’autres…

Nous suivons notre équipe d’éducs aux prises avec ce groupe bien hétéroclite. Courses en ville, transfert, atelier actualité, activité théâtre… Ce qui traverse tous ces épisodes hilarants ou tragiques, ces moments d’intense émotion ou d’une banale quotidienneté, c’est un sentiment de profonde humanité.

Merci à Brigitte Lavau de nous faire vivre tant l’autisme que le travail des éducateurs spécialisés avec une authenticité et une sincérité aussi marquantes.


Dans le même numéro

Critiques de livres