N° 1157 | du 19 février 2015

Faits de société

Le 19 février 2015 | joël Plantet

Indigente politique de la Ville

Près de quarante ans d’échecs de la politique de la Ville. Triste bilan : aujourd’hui, pauvreté et chômage massifs dans les quartiers dits prioritaires, ségrégation et discriminations aggravées, enclavement persistant.

Mesurettes ? Le fonctionnement de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV, créé il y a un an) a été précisé fin janvier : regroupant l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) et le comité de suivi de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), il devra «  analyser l’évolution de la situation économique et sociale des quartiers prioritaires de la politique de la ville et des conditions de vie de leurs habitants  ». Un comité interministériel consacré à la lutte contre les inégalités sera réuni début mars. 60 millions d’supplémentaires abonderont le fonds interministériel de prévention de la délinquance sur les trois prochaines années. Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, et la secrétaire d’État à la politique de la Ville, Myriam El Khomri, mettent en place des espaces de dialogue avec les acteurs associatifs pour prévenir la radicalisation. Les élus de Villes et banlieue en appellent à «  rebrancher d’urgence l’économie sur l’utilité sociale et environnementale  » et à combattre misère et mal logement. Le 5 février, Hollande annonçait un nouveau contrat civique, la création d’agences sur le développement économique dans les territoires en difficulté, une lutte accrue contre le décrochage scolaire et une meilleure application de la Solidarité et renouvellement urbains (SRU). Avec quels moyens ? On ne sait encore.

«  Apartheid territorial, social, ethnique  ». «  Ghettoïsation  ». «  Politique de peuplement  ». Les mots sont lâchés, rupture sémantique qui plus est prononcée par le Premier ministre. Chevènement, en 1999, avait déjà parlé d’«  apartheid social et spatial  », et l’«  apartheid scolaire  » est régulièrement dénoncé par les sociologues ; mais l’«  action résolue  » gouvernementale se résume pour l’heure à un «  état des lieux  » 2015-2016 de la mixité sociale au collège. Le débat sur les statistiques ethniques est relancé. Choc des mots, faiblesse des politiques publiques : les millions injectés s’additionnent et les fractures s’accentuent.
«  Les émeutes de 2005, qui, aujourd’hui, s’en rappelle ?  » a osé questionner Manuel Valls qui évalue vaguement, «  entre 50 et 100  », le nombre de quartiers ghettos. En écho, la crainte reste de voir se dégonfler ces déclarations martiales d’ici peu. Le ministre de la Ville est, lui, encore surnommé par la presse «  le ministre inconnu  »

Créées en juillet 2012, les zones de sécurité prioritaire (ZSP, au nombre de 80) recoupent pour certaines la géographie des quartiers dit sensibles. D’un côté des réseaux d’éducation prioritaire renforcée (350 REP + de l’autre des brigades anti criminalité et des pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (BAC et PSIG) surarmées, attisant la défiance des populations. Au milieu, le travail social. Déplorant l’amputation du budget de certains clubs de prévention, le comité de liaison des acteurs de prévention spécialisée (CNLAPS) défend une politique de «  prévention éducative et sociale de la radicalisation  », avec offre de formation revisitée et renforcement du secteur. Certes, sont annoncés, en un grand élan mobilisateur, une attention plus soutenue portée aux enfants les plus vulnérables en lien avec les services de l’aide sociale à l’enfance, le développement des compétences sociales et civiques des mineurs détenus ou le renforcement du partenariat avec l’éducation populaire. L’ensemble de la communauté éducative, dont les personnels santé-sociaux et les fédérations de parents d’élèves, seront rassemblés dans un «  comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté ».

Un changement d’envergure – dont l’urgence est depuis si longtemps criante… – s’impose : sous forme de volonté politique.