N° 1006 | du 17 février 2011

Faits de société

Le 17 février 2011

Inaccessible accessibilité ? Un point sur les ERP

Joël Plantet

Le 1er janvier 2015, les établissements recevant du public (ERP) devront tous être accessibles. L’association des paralysés de France publie la seconde édition de son baromètre. Du chemin reste à parcourir !

« Les personnes en situation de handicap de la ville ont-elles des difficultés à trouver des commerces de proximité accessibles ? Un bureau de poste accessible ? Un cinéma ? Les services ouverts au public de la mairie principale sont-ils accessibles ? La commission communale ou intercommunale d’accessibilité s’est-elle réunie plus d’une fois depuis le 1erseptembre 2008 ? » Etc. en trois items - cadre de vie, équipements municipaux, politique volontariste ou non de la ville -, l’enquête est précise. À moins de quatre ans de l’échéance d’accessibilité de 2015, l’association des paralysés de France (APF) publiait, le 9 février, la seconde édition de son baromètre du niveau d’accessibilité des communes. Les 96 chefs-lieux départementaux y sont ainsi classés en fonction de l’avancement de leurs travaux. Si globalement une « légère amélioration de l’état d’accessibilité  » des communes est constatée, l’APF dénonce les tentatives de dérogations sur le cadre bâti neuf engagées par les lobbies.

Plus de 90 % de cabinets médicaux restent inaccessibles

Le classement a donc été établi selon le degré d’accessibilité à partir de l’avancement des travaux d’aménagement des communes (très peu ont refusé de répondre). Ainsi, Nantes est première ville du classement pour la deuxième fois, suivie de près par Grenoble et Le Mans (Toulouse et Paris arrivant respectivement à la 32ème et 17ème places…), alors que Marseille et Perpignan sont en queue de peloton. Globalement, l’enquête évoque « cette difficulté récurrente pour les villes du sud, et notamment le pourtour méditerranéen, à véritablement impulser une authentique politique d’accessibilité ». L’APF constate « une légère amélioration de l’état d’accessibilité […], une dynamique générale positive, plus particulièrement dans les villes de taille moyenne ». Toutefois, l’association met en garde contre les tentatives de dérogations à l’accessibilité sur le cadre bâti neuf, qui devaient d’ailleurs venir en discussion à l’Assemblée nationale le 15 février, et qui ne sont rien d’autre que des « remises en cause de la loi Handicap de 2005 ».

Sur l’adaptation du cadre de vie de la ville, l’APF fait émerger une grande difficulté d’accès à des services essentiels du quotidien pour les personnes en situation de déficience motrice ; la question de l’accès aux soins « demeure aussi dramatique » avec plus de 90 % de cabinets médicaux inaccessibles. Concernant les équipements municipaux et les transports, la situation s’améliore de manière tangible pour les théâtres, mairies, stades… En revanche, le thème des transports « illustre certainement l’émergence d’un clivage entre des acteurs volontaristes et ceux qui s’obstinent à ne pas vouloir faire ». Si 87 % des communes indiquent avoir effectué un état des lieux des transports dans leur commune, 49 % des municipalités n’ont pas répondu sur le pourcentage de lignes de bus accessibles…

Par ailleurs, seules 12,5 % des municipalités répondent que plus de 75 % de leurs écoles primaires sont accessibles. Enfin, le dernier item, sur la politique municipale volontariste ou non, renseigne sur l’existence de commission communale ou intercommunale, sur l’engagement des diagnostics, ou le recensement de l’offre de logements accessibles. « Le degré d’effectivité des politiques d’accessibilité s’avère encore beaucoup trop morcelé, manquant de tenue dans la fréquence des commissions pour y associer l’expertise quotidienne des usagers du cadre de vie municipale, à savoir les difficultés quotidiennes vécues par les personnes en situation de handicap  », note l’APF, qui milite pour la création d’une agence à l’accessibilité universelle.