N° 866 | du 20 décembre 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 20 décembre 2007 | Jacques Trémintin

Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi

Christophe André


éd. Odile Jacob, 2006 (470 p. ; 22,90 €) | Commander ce livre

Thème : Relations

Il est fréquent d’entendre dénoncer dans notre société la dictature du culte du moi qui viendrait écraser les valeurs altruistes. Bien sûr, nous sommes boursouflés de bien mauvaises nourritures : la performance, l’abondance, le culte de l’apparence. Pour autant, défend Christophe André, pour être moins obsédé par sa personne, le meilleur moyen est encore de mieux s’en occuper. Et si on ne le fait pas soi-même qui le fera à notre place ? Il convient donc non de penser moins à soi, mais d’y penser différemment.

Car, un ego en bon état de marche est un outil précieux pour la survie et la qualité de la vie. Une bonne estime de soi remplit une fonction éminemment auto réparatrice, en nous amenant à accepter nos imperfections, nos échecs, les critiques qui nous touchent. Elle nous conduit non pas à nous admirer ou à chercher un perfectionnisme pathologique, mais à nous respecter. Elle nous aide à nous affirmer non contre les autres mais à leurs côtés, non pour prendre leur place, mais pour se faire une place. La bonne estime de soi est celle qui, finalement, sait se faire oublier, un peu comme une respiration à laquelle on ne prête plus attention.

Pour autant, il arrive parfois qu’elle se trouve fragilisée, étouffée ou rigidifiée. Cela intervient notamment quand nous nous focalisons sur ce qui ne va pas, nous nous jugeons à partir de critères extrêmement exigeants, nous nous comparons en permanence aux autres et sommes à l’affût de leur regard. Alors, les pensées négatives nous assaillent : doutes, insatisfactions, auto dévalorisations, conduites d’échec… Il est possible de changer cet état de fait. Il ne s’agit pas de tenter de le transformer complètement en passant des plus grands doutes aux plus solides certitudes, mais d’essayer d’être soi en mieux. Ce rapport intime à sa propre existence est en grande partie automatique, secrète et incontrôlable. Passer au stade de la conscience de soi, c’est comme consulter un tableau de bord permettant d’identifier ce qui fonctionne bien et ce qui dysfonctionne, de comprendre et de s’adapter à des situations nouvelles en tirant le meilleur de soi.

Cela commence par s’accepter, ce qui permet non de stopper les pensées négatives intrusives mais de diminuer leur impact émotionnel. Cela continue par oser s’affirmer en exprimant ses besoins, ses pensées et en suscitant et accueillant toutes les occasions d’émotions légitimes et sincères. Cela passe encore par accepter de se laisser remplir et surprendre par le monde, au lieu de le regarder au travers du seul prisme de ses difficultés. Cela implique toujours de recevoir avec bienveillance le retour des autres, en le considérant non comme un rejet, mais comme une contribution pour améliorer nos performances. Cela signifie enfin prendre toute expérience de la vie comme une occasion d’apprentissage. Nous pourrons d’autant mieux préserver notre estime de soi que nous l’utiliserons non comme un but, mais comme un outil.


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