N° 821 | du 14 décembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 décembre 2006

« Il est de bon ton, depuis quelque temps, de discréditer la psychanalyse »

Propos recueillis par Guy Benloulou

Entretien avec Michel Hautefeuille, psychiatre, psychanalyste et responsable du service de prise en charge des toxicomanes à l’hôpital Marmothan

Pensez-vous qu’aujourd’hui la psychanalyse représente une réponse inappropriée en matière de prise en charge des toxicomanes, comme le suggère Christian Miel dans son interview (lire) ?

Comme le dit Christian Miel : « Les théories, au lieu d’être des outils au service de la découverte scientifique, deviennent vite des carcans et donnent lieu à des querelles de chapelles. » L’hypnose n’échappe pas à cette vérité, même si elle a dû ou doit batailler ferme pour avoir droit de cité. Il est de bon ton, depuis quelque temps, de discréditer la psychanalyse. C’est à la fois injuste et stupide.

Injuste tout d’abord parce qu’elle est, pour bon nombre de patients, l’outil qui leur a permis ou leur permet d’atténuer, voire de mettre fin à leurs souffrances. Ceci dit, cette méthode de traitement, comme toutes les méthodes de traitement, possède ses propres indications, contre-indications et limites qu’il s’agit de connaître et de reconnaître. Stupide car nous savons, notamment dans le champ de la prise en charge des addictions, qu’aucun traitement ou outil de prise en charge n’est la panacée thérapeutique et que tel outil thérapeutique efficace avec tel patient, ne le sera pas avec un autre. L’accessibilité aux soins et l’efficacité des prises en charge seront donc d’autant plus faciles et pertinentes que nous disposerons de réponses multiples et variées permettant un accompagnement thérapeutique adapté à chaque patient et à son histoire.

L’hypnose semble, aux dires de Christian Miel, être pourtant une solution… N’est-ce pas quelque part une mode américaine, voire comportementaliste, dangereuse sur le plan idéologique ?

Ce qui est reproché aux méthodes comportementalistes ou américaines c’est de ne s’attaquer essentiellement qu’aux symptômes. Ces méthodes permettent parfois de les faire disparaître de façon plus ou moins définitive. Cependant ce qui doit diriger notre action, c’est certes d’améliorer le quotidien de nos patients, mais aussi de le faire de façon durable. Il n’est pas pertinent d’utiliser des outils qui à terme ne font que remplacer un symptôme par un autre. Une bonne prise en charge passera obligatoirement par une certaine compréhension du sujet par rapport à son histoire. Là encore c’est la conjonction de plusieurs outils qui permettra une amélioration significative de nos patients. Conjonction dans laquelle la psychothérapie ou la psychanalyse gardent une place de choix tout comme d’autres approches : comportementalistes, pharmacologiques, ou d’autres techniques telles l’acupuncture, la relaxation et bien entendu l’hypnose.

Face à la tendance politique actuelle de vouloir judiciariser et réprimer les toxicomanes, le retour à des pratiques thérapeutiques basées sur l’hypnose vous semble-t-il adéquat, compte tenu des urgences nécessaires en matière de toxicomanie ?

Il est effectivement de notre ressort que le politique ne s’approprie en aucun cas les pratiques thérapeutiques. Les querelles de chapelle peuvent entraîner ce type de danger : soit en dénigrant des pratiques pour en favoriser d’autres dont le politique pourra se saisir. Soit en jetant le discrédit sur l’ensemble du soin aux toxicomanes, ce qui poussera le politique à réprimer encore plus ces patients avec l’argument : « Puisque vous ne pouvez les soigner, il faut les empêcher de nuire ». Il faut donc toujours être prudent dans nos déclarations et avoir toujours à l’esprit que la toxicomanie est au carrefour d’enjeux contradictoires qui bien souvent nous dépassent mais où le politique, le social et l’économique pèsent largement autant, si ce n’est plus, que la liberté individuelle et la possibilité de choix de la démarche thérapeutique de nos patients.


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