N° 791 | du 30 mars 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 30 mars 2006

Hôpital de Pontoise : une maternité à l’écoute

Marianne Langlet

La maternité de Pontoise dans le Val-d’Oise reçoit régulièrement des futures mères de la communauté rom qui viennent accoucher à l’hôpital le plus proche de leurs lieux de campement. Afin de faciliter le contact, un partenariat s’est établi depuis une dizaine d’années entre ce centre hospitalier et la mission Roms de Médecins du monde

À l’entrée de l’hôpital René Dubos, à Pontoise dans le Val d’Oise, un bâtiment ultramoderne en construction laisse supposer que les vieux pavillons décrépis de l’hôpital public vont être bientôt remplacés. Au fond du grand parc, la maternité. Des femmes roms, souvent installées sur des terrains à Frépillon et Pierrelaye, des communes voisines, viennent y accoucher par vagues. Parfois, pendant de long mois, aucune ne vient et puis plusieurs femmes roms se succèdent au gré des aller et retour de cette population soumise à de multiples expulsions.

Longtemps, l’hôpital de Pontoise a connu des difficultés lors de ces rencontres : incompréhension mutuelle souvent due à la langue mais aussi attitude de rejet de certains médecins ou difficultés à accepter que ces patientes ne viennent pas aux rendez-vous. La collaboration mise en place depuis maintenant près de dix ans avec la mission Roms de Médecins du monde a levé des barrières. « Nous avions enfin un intermédiaire entre eux et nous. C’est vraiment un monde très différent et la présence de Médecins du monde nous rassure », constate Françoise Damageux, responsable de la maternité. La grande majorité des femmes suivies pour leur grossesse est toujours accompagnée par un bénévole de Médecins du monde.

La première personne qu’elles rencontrent, hors urgence, est l’assistante sociale, Marie-Paule Simon, une femme au sourire avenant, le pivot de cette prise en charge. « Mon rôle est d’ouvrir l’accès aux droits, c’est-à-dire le droit à l’aide médicale d’État (AME) : elles n’ont pas d’autres droits puisqu’elles n’ont pas de titre de séjour. En accord avec Médecins du monde, j’organise l’accès aux soins en fixant les consultations, je donne les médicaments… Tout mon travail tourne autour des soins ». À ses yeux, la collaboration avec Médecins du monde a permis une meilleure compréhension du fonctionnement de l’hôpital par les femmes roms, un fonctionnement de mieux en mieux intégré par les plus anciennes familles présentes. « On le remarque bien lorsqu’il y en a une que nous connaissons et une nouvelle qui montre avec des mimiques qu’elle veut voir un médecin tout de suite. La plus ancienne lui explique que ce n’est pas possible et qu’il faut prendre un rendez-vous ». L’assistante sociale essaye au mieux de fixer des rendez-vous rapprochés dans le temps.

Lorsqu’une patiente frappe à sa porte à l’improviste, elle la prend tout de suite si elle est disponible ; mais pour les médecins, c’est plus compliqué, les consultations sont parfois fixées à un mois d’intervalle, beaucoup alors ne viennent pas. « En fait, c’est presque toujours Médecins du monde qui va les chercher et les amène aux consultations, reconnaît Françoise Damageux, sans cela le suivi en maternité serait très difficile ». D’ailleurs, un certain nombre de femmes roms arrivent encore en travail aux urgences, totalement inconnues de la maternité, des accouchements parfois « olé, olé », selon Françoise Damageux : « Il y a souvent un problème de langue, et puis ce n’est pas facile de communiquer dans ces moments de grande intimité, de stress, avec des futures mères parfois très jeunes, qui peuvent avoir peur de la douleur, ne pas connaître la péridurale ou alors nous n’avons pas le temps de la poser parce qu’il faut faire tout un bilan en urgence. C’est parfois impossible ». Comment fait-elle pour donner les indications indispensables ? « On communique par gestes, nous n’avons pas le choix ».

Bien souvent, les sages femmes doivent aussi faire face à la nombreuse famille qui accompagne la patiente et ne veut pas la laisser seule. « Il faut canaliser la famille, comprendre qui est le père, car nous ne pouvons pas autoriser tout le monde à entrer dans la salle d’accouchement », explique Françoise Damageux. D’ailleurs, dans la majorité des cas, ce n’est pas le père qui assiste à la naissance mais une proche, la sœur, l’amie, la mère. Les parents restent à proximité. La responsable de la maternité se souvient « de cette grande famille attroupée dans la cour et à qui le bébé avait été montré directement de la fenêtre de la salle d’accouchement ». Elle reconnaît que les visites de ces grands groupes peuvent gêner les voisines de chambre mais elles sont maintenant mieux acceptées par l’équipe, informée au cours de deux réunions des modes de vie de cette communauté par Médecins du monde. De toute façon, le temps des visites est court puisque ces femmes souhaitent sortir la plupart du temps le lendemain de l’accouchement, pressées par leur mari, les aînés restés à la caravane, les tâches quotidiennes… Difficile de les retenir.

Le personnel soignant tente alors d’installer un suivi en signalant à Médecins du monde la sortie de la femme, le poids du bébé, les observations médicales… Certaines disparaissent dans la nature, d’autres utilisent les urgences pédiatriques pour faire suivre leurs enfants, une utilisation de la médecine dans l’urgence observée par le personnel de l’hôpital même si des adaptations pointent, comme le souligne Marie-Paule Simon en relatant l’histoire de cette jeune femme de 24 ans dont l’enfant est souvent hospitalisé en pédiatrie. « Enceinte d’un cinquième enfant qu’elle ne désirait pas, elle est directement venue voir la conseillère conjugale pour organiser son avortement. Elle n’est plus du tout accompagnée par Médecins du monde, elle gère tous ses rendez-vous, se débrouille bien en français et souvent elle amène une ou deux autres femmes avec elle. Elle les accompagne, c’est maintenant elle qui fait le lien ».


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