N° 736 | du 13 janvier 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 13 janvier 2005

Hommage à Myriam David

Jean Cartry

Thèmes : Placement familial, Protection de l’enfance

Disparition d’une grande dame, Myriam David. Une vie pour la petite enfance

Myriam David est morte à Paris, dans son appartement du Quai aux Fleurs, en bord de Seine, le 28 décembre 2004. Elle avait quatre-vingt-huit ans. C’est justement dans cet appartement que, le 10 novembre 1998, s’est déroulée, comme au fil de l’eau qui passait sous ses fenêtres, la conversation que nous publions seulement aujourd’hui. Ce retard appelle une explication : au cours de cette rencontre, Myriam David évoque son expérience concentrationnaire de déshumanisation.

Irrésistiblement, nous avions alors rapproché cette expérience de son émotion lors de ses premières rencontres avec les bébés en pouponnière institutionnelle, alors privés de relations humanisantes. Après avoir lu la synthèse de cet entretien, Myriam David nous avait demandé de surseoir à sa publication, souhaitant s’exprimer d’abord elle-même à ce sujet. Ce qu’elle a fait depuis, publiquement. Nous sommes, par conséquent, libres de laisser couler sa parole sur notre chagrin.

Pédopsychiatre, médecin consultant du centre Alfred-Binet, Myriam David est la fondatrice du centre familial thérapeutique de l’association pour la santé mentale et de l’unité de soins spécialisée pour les jeunes enfants de la fondation Rothschild. Elle est l’auteur de « L’enfant de 0 à 2 ans », « L’enfant de 2 à 6 ans », « Loczy ou le maternage insolite » (en collaboration avec Geneviève Appell) et d’un maître livre qui fait référence « Le Placement Familial, de la pratique à la théorie » dont Dunod vient de publier la cinquième édition.

Bien qu’ayant côtoyé en son temps Jenny Aubry dont la trajectoire ressemble beaucoup à la sienne [1], Myriam David aurait pu rejoindre chez elle Françoise Dolto. Des divergences d’école et de théorie, comme aussi de tempérament, une véritable allergie à Lacan, une expérience thérapeutique ouverte aux USA près de Léo Kanner, l’ont engagée dans une voie personnelle de recherche débouchant sur la thérapie du « être avec ». Ce n’était pas tant « l’état de l’enfant » qui la passionnait que ses capacités d’évolution. Aujourd’hui, on dirait son potentiel de résilience…

Dans le sillage des travaux de Harlow [2], de Spitz, de Bowlby, d’Anna Freud, notamment, elle a contribué à notre prise de conscience, à nous travailleurs sociaux, des ravages suscités par les carences précoces, la pathologie du lien et les troubles du processus primaire d’attachement. À cet égard, sa contribution est fondamentale, comme, de son côté, celle de Michel Lemay.

Myriam David soutenait que le thérapeute pouvait s’identifier à l’enfant qu’il soigne et même s’engager auprès de lui pour un véritable accompagnement existentiel qu’elle nommait globalement « le soin », maître mot de son œuvre. Logiquement, cette conviction, validée dans la rigueur de l’expérimentation et de la conceptualisation, devait la conduire à sa recherche sur le placement familial permanent, là où les accueillants, impliqués dans le réel quotidien de l’enfant, peuvent néanmoins, par le soin, être aussi véritablement thérapeutes. Paradoxe sans doute, mais dont Winnicott aurait dit qu’il ne faut pas tenter de le résoudre sauf à perdre la valeur du paradoxe…

À la demande de Pierre Gautier, alors directeur de l’action sociale au ministère, elle avait constitué un groupe de travail pluridisciplinaire qui devait, sous sa direction, écrire le petit ouvrage synthétique « Enfants, parents, famille d’accueil. Un dispositif de soin : l’accueil familial permanent ». Elle nous impressionnait par la clarté de son propos, sa gaîté, son humour, son écoute, son autorité parfois rude, et surtout par ce que sa parole sur les enfants en grande souffrance, exprimait d’humanité vigilante et tendre.

Je souhaite que nos jeunes collègues qui ne la connaissent peut-être pas se laissent aller au fil de cet entretien et découvrent Myriam David. Sous ses fenêtres aujourd’hui fermées coulent la Seine, notre chagrin, notre affection, et son souvenir (lire l’entretien).


[1Voir la notice que lui consacre sa fille, Élisabeth Roudinesco in « Dictionnaire de psychanalyse » Fayard

[2Ethologiste ayant notamment travaillé sur les processus d’attachement des bébés singes Rhésus


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