N° 1141 | du 15 mai 2014

Critiques de livres

Le 15 mai 2014 | Jacques Trémintin

Histoires d’enfances et de résilience

Sophie Launois


éd. Karthala, 2013 (157 p. ; 18 €) | Commander ce livre

Thèmes : Institution, Résilience

Ils sont plus de quatre-vingts à venir rendre une dernière visite à leur ancienne éducatrice très gravement malade, avant d’assister à sa crémation. L’occasion pour Sophie Launois, une autre des professionnelles qui les accompagna pendant plus de quarante ans de se décider à coucher sur papier l’histoire d’une maison d’enfants à caractère social, témoin de l’évolution de la profession.

Quand, en 1970, l’auteur intègre le foyer Claude-Lorrain, celui-ci est géré par une congrégation. Une association laïque prend le relais quelques années plus tard. S’ensuit un déménagement vers Montmorency où la communauté d’enfants et leurs encadrants vont prendre leurs quartiers dans le château de Dino.

Tout au long des pages de cet ouvrage émouvant s’égrènent les souvenirs d’un quotidien marqué par la bienveillance et l’affection : des éducatrices impliquées qui, dans les premières années, ne comptent jamais le nombre de leurs heures de travail ; une insertion réussie dans un voisinage d’abord très hostile, puis protestant, quand un nouveau déménagement fut, un moment, envisagé ; la ferveur s’emparant du groupe d’enfants pour apprendre des instruments de musique, au point de produire une dizaine de concerts tous les ans ; des transferts organisés pendant les vacances ; la fête de noël passée, pendant des années, chez un couple de concertistes internationaux…

L’ouvrage est parsemé du récit d’anciens pensionnaires qui expliquent combien ils doivent la réussite de leur vie adulte à la qualité de l’accueil reçu, certains n’hésitant pas à constater la catastrophe que constitua le retour dans leur famille. Et puis, une éducatrice spécialisée à la retraite expliquant que, expérience et vécu à l’appui, décidément non, les enfants et adolescents d’aujourd’hui ne sont pas plus durs que ceux d’hier. Un témoignage à ne pas manquer, pour ne pas oublier.


Dans le même numéro

Critiques de livres

Sylvie Gasienca-Jozkowy

Les joies du social