N° 935 | du 2 juillet 2009

Faits de société

Le 2 juillet 2009

Handicap, recherche et travail social

Joël Plantet

La recherche sur le handicap n’est pas à la hauteur des enjeux : éparpillement, manque de visibilité, formation lacunaire des professionnels, prévention insuffisante… Des retards à rattraper d’urgence

Le 18 juin, l’Observatoire national sur la formation, la recherche et l’innovation sur le handicap (Onfrih, institué par la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et la participation des personnes handicapées) présentait son rapport 2008. Axé sur la recherche en sciences sociales, la formation des professionnels et la prévention des situations de handicap chez l’enfant, l’écrit se penche aussi sur l’emploi des personnes handicapées.

La situation de la recherche française en sciences humaines et sociales sur le handicap reste « encore très insuffisante ». Malgré l’émergence d’un « milieu de recherche » – enquête Handicaps incapacités dépendance (HID) réalisée par l’Insee il y a dix ans, nouveaux acteurs institutionnels (caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques)… –, elle n’est « pas à la hauteur des enjeux ». Émiettée, elle souffre d’un manque de visibilité ; son retard est patent par rapport aux « disability studies » des Anglo-saxons ou des Scandinaves.

L’Onfrih propose d’élever le handicap « au rang de champ scientifique d’intérêt majeur » en l’inscrivant comme prioritaire dans une « stratégie nationale de recherche et d’innovation », en créant une mobilisation « organisationnelle et intellectuelle », mais aussi en transposant les expériences des personnes handicapées, de leurs proches et des professionnels en question pour la recherche, avec création de bases de données.

Concernant la formation des professionnels, l’Observatoire juge le paysage « complexe, protéiforme et évolutif ». Il préconise d’« agir sur les représentations que les professionnels comme le grand public ont des personnes handicapées », de faire émerger « un socle commun, garant d’une culture partagée » permettant le travail interprofessionnel, et là aussi, de s’appuyer sur l’écoute des besoins particuliers des personnes handicapées concernées.

Par ailleurs, sur la prévention des situations de handicap chez l’enfant, l’Onfrih se réfère aux définitions de l’Organisation mondiale de la santé : prévention primaire (empêcher en amont l’apparition d’une maladie), secondaire (détection précoce d’une maladie pour en diminuer la gravité), et tertiaire (réduction, en aval, des déficiences et incapacités dues à une maladie). En distinguant deux périodes – la petite enfance de zéro à six ans, puis la période scolaire et universitaire –, il formule quatre « objectifs de progrès » : meilleure organisation de l’offre de services concourant à la prévention, amélioration de l’information auprès des personnels et des familles (il faut « développer une culture de la prévention se traduisant par des réflexes et des savoir-faire ») sont les deux premiers items.

Ensuite, les « imperfections » quant au fonctionnement de la chaîne dépistage – diagnostic – prise en charge doivent être mesurées par des études appropriées, et – quatrième objectif – les besoins des enfants en situation scolaire doivent être mieux pris en compte, quant à la reconnaissance de la spécificité des rythmes de leur développement, ou encore en fonction des besoins de certaines familles « défavorisées ».

Enfin, sur l’emploi des personnes handicapées, l’état des lieux déplore un intérêt porté aux seuls constats statistiques descriptifs : « Il n’y a pas de réflexion sur les facteurs profonds qui rendent l’insertion et le maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés si difficiles. » Il s’agira là aussi d’inciter les administrations et organismes publics en charge de ces questions à développer la recherche sur ce thème.