N° 587 | du 6 septembre 2001 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 6 septembre 2001

Handicap : la même école pour tous, c’est souvent possible !

Propos recueillis par Guy Benloulou

Thème : Intégration scolaire

Le pari est que l’on va s’enrichir mutuellement et non s’appauvrir respectivement. La différence entre les handicapés et les normaux doit être reconnue et acceptée. Pour cela il faut selon Marie-Claude Courteix , responsable au ministère de l’Éducation nationale de l’intégration des élèves handicapés en milieu scolaire, que les enfants soient sensibilisés, les parents informés et les enseignants formés

Des parents peuvent-ils inscrire facilement leurs enfants handicapés à l’école du coin ?

La scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire est un droit fondamental. Elle s’est développée de façon constante au cours de ces dernières années car, de plus en plus nombreux, les parents d’enfants handicapés sont soucieux de voir reconnu le droit de leur enfant tel qu’il s’exprime, notamment dans une circulaire conjointe Éducation nationale/Affaires sociales du 18 novembre 1991 : « L’école, le collège, le lycée de la commune, du quartier, du secteur ont a priori, la mission d’accueillir en intégration scolaire, les élèves handicapés qui relèvent de leur secteur de recrutement. »

Dans les faits, l’accueil immédiat d’enfants présentant un handicap à l’école maternelle et élémentaire est parfois difficile. C’est pourquoi, il est important que les parents s’informent suffisamment tôt des possibilités en ayant un premier contact avec le directeur (ou la directrice !) de l’école de leur quartier. Si celui-ci fait part de certaines difficultés liées aux caractéristiques de son école, les parents de l’enfant peuvent demander les coordonnées de l’inspecteur de la circonscription ou du secrétaire de la commission de circonscription préscolaire et élémentaire (CCPE), qui est une émanation de la commission départementale de l’éducation spéciale, (CDES). L’un et l’autre pourront les aider dans leurs démarches et rechercher avec eux les solutions les plus appropriées aux besoins de leur enfant et à leur souhait. Dans tous les cas, il est essentiel que les parents ne restent pas seuls.

Et quand l’accueil s’avère possible ?

Alors, il est utile que les services spécialisés qui suivent l’enfant pour des soins et des rééducations, soient informés par les parents et puissent ainsi prendre contact avec le directeur et l’équipe pédagogique. Ils aideront l’école à mieux évaluer les besoins de l’enfant et les aménagements qui sont à envisager. Les parents seront associés à l’élaboration du projet individualisé qui doit permettre de répondre aux besoins particuliers de l’enfant dans les meilleures conditions.

Quels moyens sont donnés à l’équipe pédagogique pour réussir cette intégration dans l’école ordinaire ?

L’équipe pédagogique, informée suffisamment tôt, pourra être aidée dans la recherche de démarches pédagogiques adaptées. Dans ce domaine, les enseignants ayant reçu une formation spécialisée dans la prise en charge du handicap (d’origine mentale, sensorielle ou motrice) peuvent apporter informations et conseils pédagogiques à leurs collègues. Le psychologue scolaire pourra également les aider à faciliter l’accueil de l’élève dans la classe avec ses camarades, qui doivent, eux aussi, recevoir une information appropriée à leur âge. Le secrétaire de la commission de circonscription peut aider l’équipe de l’école car il connaît les ressources existantes dans l’environnement géographique.

Les solutions mises en œuvre localement sont diverses. Certains départements ont créé des postes d’enseignants spécialisés itinérants qui peuvent apporter des conseils pédagogiques à leurs collègues mais aussi des aides techniques particulières, outils pédagogiques appropriés pour répondre à certaines déficiences des enfants, par exemple, visuelles ou motrices. Des actions de formation, même courtes mais bien ciblées, peuvent apporter rapidement aux enseignants des informations indispensables, parfois avec l’aide d’associations qui ont une bonne connaissance du handicap. Ces informations, souvent très « pratiques », permettent de réduire les inquiétudes et surtout la crainte de ne pas savoir faire.

Pour que l’intégration se passe dans les meilleures conditions, il faut que les parents se sentent écoutés mais il faut aussi que les enseignants reçoivent l’aide dont ils ont besoin pour se sentir « compétents » face aux besoins de l’enfant qui leur est confié. Dans tous les cas de figure, une bonne préparation de la démarche est une des conditions essentielles de la réussite. Dans certains cas, une aide matérielle, dans l’action au quotidien en classe, peut également être apportée par des aides éducateurs qui vont aider l’équipe d’enseignants dans la démarche intégrative ou par des auxiliaires d’intégration scolaire apportant une aide plus individualisée à l’élève en particulier lorsque que celui-ci présente des restrictions importantes de son autonomie.

Un accueil trop systématique ne risque-t-il pas de banaliser la démarche d’intégration et de nuire ainsi à la qualité de celle-ci ?

S’il est important d’éviter la stigmatisation, une banalisation excessive est préjudiciable pour l’enfant, car alors il lui est demandé de faire comme s’il n’était pas différent. Il est important de trouver la voie équilibrée qui permet à cet enfant d’être un « élève » mais un élève qui doit aussi être reconnu dans sa différence.

Justement, une fois le principe de la scolarisation acquis, quelles sont les principales difficultés que vont rencontrer les parents tout au long de celle-ci ?

Aujourd’hui, selon les lieux, les difficultés rencontrées par les familles sont très variables. D’une part, toutes les familles n’ont pas le même niveau d’information et d’accompagnement. Dans certains cas, les enfants sont déjà suivis par des services qui peuvent aider efficacement les parents dans leurs démarches. D’autre part, les écoles ne sont pas toutes également informées des possibilités et l’intensité de la politique d’intégration scolaire, l’accompagnement des équipes pédagogiques restent différents selon les départements, parfois à l’intérieur d’un même département. En outre, l’intégration demeure une démarche « exigeante » qui, même si elle se garde d’une approche normalisatrice, va confronter l’enfant lui-même à sa différence.

Or tous les enfants ne disposent pas des mêmes armes pour faire face à cette confrontation. Chaque enfant, qu’il soit handicapé ou non, est différent. Les contraintes qui sont inhérentes à tout apprentissage, apprentissage de la socialisation aussi bien qu’apprentissages scolaires, ne pèsent pas de la même manière pour tous. Enfin, plus encore que pour un autre enfant, la situation de l’enfant, malade ou handicapé, est fréquemment soumise à des variations, des évolutions, qui vont appeler des adaptations. Dans ce domaine, il n’est pas possible d’émettre des règles trop générales car elles ne rendent pas compte des particularités de chacun.

Combien d’enfants handicapés peut-on estimer être intégrés dans une scolarisation en milieu ordinaire ?

Il est difficile de recenser avec précision le nombre d’enfants intégrés, pour des raisons multiples mais qui tiennent, avant tout, à la difficulté de recueil de « données sensibles ». Les estimations faites permettent d’indiquer qu’environ 25 000 enfants sont intégrés individuellement dans les écoles maternelles et élémentaires, 40 000 dans des dispositifs collectifs. Toutefois, dans ces dispositifs collectifs peuvent parfois être scolarisés des élèves qui rencontrent des difficultés scolaires importantes, sans cependant présenter de réelles déficiences, maladies, ou atteintes cognitives graves. Ce chiffre est donc à prendre avec prudence. Dans le second degré, 16 000 élèves présentant des handicaps sont scolarisés, le plus souvent individuellement.

En général comment se passe la cohabitation entre élèves handicapés et élèves normaux ? Avec beaucoup de problèmes ou dans le meilleur des mondes ?

Les élèves valides sont en général accueillants et témoignent leur solidarité à l’égard de leurs camarades handicapés. En outre, il existe, de manière certaine, des bénéfices pédagogiques non négligeables pour les élèves de l’établissement scolaire qui intègre de jeunes handicapés : les adaptations pédagogiques requises par la présence d’un jeune malvoyant ou non-voyant, malentendant ou sourd, s’avèrent utiles pour de nombreux élèves non handicapés. Des formes de tutorat peuvent également être fécondes au moins autant pour l’élève-tuteur que pour celui qui bénéficie du tutorat. Plus généralement la présence de ces élèves invite les enseignants à des approches pédagogiques plus différenciées qui sont opportunes pour tous.

A l’évidence, dans un établissement scolaire où les adultes sont en confiance parce qu’ils se sentent en mesure de faire face à la situation, les élèves font bon accueil à leurs camarades handicapés. Mais il ne faut pas tomber dans l’angélisme. Ces attitudes de solidarité, très largement répandues, n’excluent pas la nécessité ponctuelle de recours à quelques rappels à la citoyenneté et à la solidarité, pas plus cependant (et plutôt moins) que dans d’autres situations sociales où, d’une façon générale, des jeunes vulnérables ou fragiles, même s’ils ne sont pas handicapés, peuvent parfois faire l’objet de conduites, isolées certes, mais détestables.


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