N° 723 | du 30 septembre 2004 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 30 septembre 2004 | Un film documentaire de Marie Tavernier

Handicap et intégration culturelle

Katia Rouff

(2004 - 60 mn)
Diffusé par l’association MESH
23, rue du Temple
95160 Montmorency
Tel. 01 39 64 65 22

Thème : Handicapés

« Mon rêve c’est faire de la guitare mais pas comme on fait d’habitude », dit Inès une fillette trisomique d’une dizaine d’années, sweat rouge, queue de cheval, lunettes cerclées de vert et petites étoiles sur les oreilles. Si la guitare est son instrument préféré, Inès aime la musique en général. « Quand ma mère est triste, je mets de la musique pour la faire danser » dit-elle avant de nous présenter une poupée qui joue la Lambada, sa chambre où s’affichent les idoles de la Star Ac’et son cahier avec des partitions de Beethoven et des vers de Victor Hugo.

Inès, accompagnée de sa mère et de l’équipe de l’association Musique et éveil culturel pour les personnes en situation de handicap (MESH), va s’inscrire au Conservatoire national de région de Cergy, le lieu d’enseignement le plus prestigieux du Val d’Oise. « Nous souhaitions que cette inscription ait valeur d’exemple pour les autres écoles de musique », explique Jean-Baptiste Jobard de MESH. En effet, l’association a pour objectif de rapprocher les acteurs de la culture et du handicap du Val d’Oise pour favoriser l’accès à la musique pour tous. Si l’association propose des cours de musique adaptés dans ses locaux de Montmorency, elle favorise surtout l’intégration des personnes handicapées dans les cours de musique existants.

Une intégration qui prend plusieurs formes : les écoles de musique accueillent des groupes d’élèves handicapés venant d’une institution (IME, CAT…), quelques élèves handicapés dans un cours traditionnel ou inscrivent individuellement l’élève handicapé dans un cours de pratique instrumentale. MESH propose aux professeurs des formations à la pratique musicale auprès d’enfants ou d’adultes handicapés et un soutien pédagogique tout au long de l’année pour éviter les situations d’échec. « Nous constatons que, plus que d’une formation, les professeurs ont besoin d’une première approche avec ce public qu’ils ne connaissent pas et qui leur fait un peu peur. Dès que les cours commencent, ils se rendent vite compte que les choses ne sont souvent pas si difficiles », souligne Jean-Baptiste Jobard.

À travers l’histoire d’Inès et celles d’autres initiatives de pratiques musicales adaptées, le documentaire de Marie Tavernier propose une réflexion sur l’intégration culturelle des personnes handicapées. En donnant la parole aux acteurs de cette dynamique — musiciens, éducateurs, artistes handicapés… —, le film interroge la frontière entre handicap et validité, en mettant en évidence une aspiration commune à tous : l’accès à l’art et à la culture. « Tous les enfants doivent avoir la possibilité de mettre en éveil leurs sens durant toute leur vie pour se sentir vivants, l’art nous permet d’exister », dit un professeur. Propos confirmés par la mère de Pascal, jeune adulte handicapé mental profond : « mon fils avait besoin d’être réveillé. Apathique, il dormait beaucoup.

Depuis qu’il pratique la musique, il est pris par le rythme, le groupe, il sort de sa peau ». Enfants, adolescents et adultes, handicapés moteurs, mentaux ou sensoriels tapent, frottent, grattent, écoutent… Certains pourront jouer d’un instrument, d’autres pas, mais ils auront tous appris beaucoup : écouter des sons, se concentrer, taper en rythme sur des percussions dans un groupe, communiquer, être ensemble. Pas toujours facile, surtout pour les jeunes autistes enfermés dans leur monde, pourtant la mise en confiance et l’attention des professeurs leur permettent de jouer ensemble pendant quelques instants.

Pour Alain Colombatto, professeur de piano de l’école municipale de musique et de danse de Fosses, les élèves handicapés sont particulièrement motivés « ils travaillent, sourient, même quand il y a des difficultés, on sent qu’ils ont l’habitude de les dépasser ». Son credo ? Ne pas prendre en compte le handicap au départ, se comporter de la même manière avec chaque enfant, handicapé ou non. Quand l’élève commence à jouer du piano, Alain Colombatto évalue avec lui les difficultés concrètes auxquelles il faudra s’adapter. Un de ses jeunes élèves handicapé à la naissance par un accident vasculaire cérébral avait une main droite pratiquement paralysée qu’il cachait. Ajourd’hui il joue des petites mélodies avec ses deux mains et ne cache plus la droite sous une grande manche de pull.

Dans ce film, le message des professeurs est clair : la différence entre élèves valides et handicapés est parfois minime, elle réside dans le rythme d’apprentissage plus lent pour les personnes handicapées et n’empêche pas le plaisir, la discipline et l’effort. Le travail avec des personnes handicapées enrichit les propositions pédagogiques des enseignants qui doivent faire preuve d’inventivité face à des personnes en difficulté d’apprentissage. De nouvelles pratiques pédagogiques qu’ils réinvestissent avec l’ensemble des élèves. Ce qui apparaissait, à juste titre, comme une difficulté au départ devient une richesse pour tout le monde.