N° 1121 | du 10 octobre 2013

Faits de société

Le 10 octobre 2013

Handicap et effet d’annonces

Joël Plantet

Le flou règne sur les moyens. Comment en serait-il autrement dans un contexte de sombres coupes budgétaires ministérielles ? La grand-messe du handicap est restée pétrie de bonnes intentions, avec quelques avancées.

Le comité interministériel du handicap (CIH) aura mis quatre ans – depuis sa création – à se réunir. Treize ministres autour de Jean-Marc Ayrault ont voulu donner consistance (au moins symbolique) aux enjeux actuels. Du coup, le menu est copieux : accessibilité, emploi, accompagnement, jeunesse sont annoncés par le gouvernement comme grands axes à traiter.

Quelques bonnes idées en sont sorties : droit à la formation pour les parents découvrant le handicap de leur enfant, reconnaissance des travailleurs handicapés indépendants, ou prise en charge intégrale des frais de transport vers les centres d’action médico-sociale précoce (Camsp) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), ce dernier point étant l’une des rares mesures concrètes énoncées.

Concernant l’emploi, l’objectif de 6 % de travailleurs handicapés dans les entreprises et les administrations n’est toujours pas atteint. Un groupe de travail sera installé en début d’année prochaine, mené par François Chérèque, avec mission d’évaluer les difficultés financières des personnes handicapées en situation de précarité, et d’identifier les freins spécifiques dans l’accès aux droits sociaux. Il est prévu d’améliorer le taux de sortie, encore trop faible, des travailleurs des établissements et services d’aide par le travail (ESAT) vers le marché du travail ordinaire. Comment ? « Selon des modalités à définir »… 

L’accessibilité, pourtant « condition sine qua non de l’égalité » à en croire le gouvernement, reste un point nodal, d’autant plus que l’échéance de 2015, tout le monde en convient (et le déplore) est fortement compromise (pour « le rendez-vous de 2015, nous serons encore loin du compte », a admis le Premier ministre en clôture du CIH). Mais l’impression d’être tout au début du chemin perdure : en 2014, des agendas d’accessibilité programmée (ADAP) devraient enfin être mis en œuvre par voie d’ordonnance, pour les acteurs publics et privés, sanctions financières à la clé. Les mille « ambassadeurs » recrutés l’an prochain seront-ils suffisants pour convaincre les petites collectivités et les commerçants ?

Volontarisme, feuille de route, mais moyens tellement improbables…

L’accompagnement laisse encore à désirer. La simplification des formalités dans les maisons départementales de personnes handicapées (MDPH) est restée vœu pieux, et de nouvelles modalités de tarification pour les services d’aide et d’accompagnement à domicile restent à trouver.

Les réactions ne se sont pas fait attendre : l’Apajh parle de « l’habitude de recycler des décisions déjà prises » ; tout en saluant une approche transversale, l’Uniopss pose la question « des moyens restant à définir » ; de même, l’Unapei salue « l’ambition affichée » en s’interrogeant sur sa traduction concrète. L’association des paralysés de France (APF) reconnaît que les orientations « vont dans le bon sens », attend leur concrétisation et regrette l’absence de mesures sur les ressources et la compensation, grands oubliés de ce CIH. « Faut-il en déduire que ces sujets seront passés sous silence durant tout le quinquennat ? », questionne l’APF qui attendait un « véritable plan Marshall »… L’association des accidentés de la vie (Fnath) évoque, elle, un « catalogue à la Prévert lançant de nombreux chantiers ».

En somme, volontarisme, affichage, engagements, feuille de route, mais moyens tellement improbables… Des campagnes interministérielles de sensibilisation sont prévues pour les deux prochaines années : le gouvernement excelle dans la communication. Rendez-vous maintenant dans un an, avec la conférence nationale du handicap, dont la préparation impliquera le Conseil économique, social et environnemental.