N° 777 | du 8 décembre 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 décembre 2005 | Nathalie Bougeard

Habitat indigne : la difficile mobilisation

du canton de Belle-Isle-en-Terre

Thème : Logement

Le repérage des familles date de 2002 mais les travaux tardent à démarrer. Au nombre des explications, la baisse des crédits de l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah) jusqu’en 2004, les faibles ressources des personnes concernées et surtout, la difficulté à convaincre les occupants de la nécessité d’améliorer le confort de leur logement

Jean David, président de la communauté de Belle-Isle-en-Terre (Côtes d’Armor), s’est littéralement rué sur le programme 13 du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo. Plus précisément, le PIG (Programme d’intérêt général) signé en mai dernier avec l’État comporte comme objectif prioritaire « l’amélioration du parc privé occupé avec en particulier la résorption des situations d’insalubrité ».

De fait, dans ce canton rural d’environ 6 000 habitants, une enquête réalisée au printemps 2002 auprès d’un échantillon représentatif de 947 foyers -sur les 2 500 que comptent les 7 communes- a permis d’en distinguer 194 vivant dans des conditions tout à fait limites. En clair, il s’agit d’habitations dans lesquelles manquent WC, eau chaude ou encore chauffage. Indubitablement, ces logements appartiennent à la catégorie « habitat indigne » définie par le décret de janvier 2002. Et sur ces 194 foyers, 156 ont des revenus mensuels inférieurs à 700 euros. « Avec l’aide des CCAS (Centre communal d’action sociale), nous avons repéré 67 foyers en situation d’habitat réellement précaire dont 35 ne disposent d’aucun des trois éléments de confort précités », souligne Laurent Colobert, directeur d’Habitat et développement, la structure en charge de mener cette opération. Les exemples sont édifiants : ici, c’est une femme propriétaire de son logement et mère d’un enfant qui vit sans WC et sans salle de bain. Là, une maison sans salle de bain pour un couple de 75 ans avec les WC à l’extérieur. « En Bretagne, parmi les personnes les plus pauvres, la moitié sont des propriétaires occupants », souligne Philippe Morice, directeur du Pact-Arim des Côtes d’Armor. Et dans ce département, sur les 30 000 logements inconfortables recensés, près de 5 000 sont insalubres.

Compte-tenu du nombre important de foyers concernés, les élus ont - sur les conseils d’Habitat et développement- lancé un FSH. Autrement dit un Fonds social de l’habitat. « Pour ce public, accéder à l’emprunt en vue de réaliser des travaux est impensable. D’ailleurs, les gens ont tellement de mal à « joindre les deux bouts » qu’ils subissent leur situation. Il faut trouver des solutions intermédiaires », affirme Jean David. Résultat : les interventions de l’Anah qui peut subventionner jusqu’à 35 % des travaux plafonnés à 13 000 euros de la caisse des dépôts et consignations qui prête à 2,60 % de taux d’intérêt et de la communauté de communes qui bonifie le taux de 1 point, permet d’offrir des conditions financières extrêmement intéressantes. « Entre 40 % et 45 % du montant des travaux sont pris en charge par des subventions », résume Pascal Gouttebel, responsable du dossier à Habitat et développement. Et Laurent Colobert d’ajouter : « Il ne faut pas que le remboursement excède 20 % des revenus et nous essayons que cela soit beaucoup moins ».

Mais la plus grande difficulté consiste à contacter les personnes concernées. Depuis janvier dernier, Habitat et développement s’est rapproché de la MSA des Côtes d’Armor. De fait, la Mutualité sociale agricole compte des ressortissants concernés par l’enquête. « En binôme avec Pascal Gouttebel, l’assistante sociale du secteur propose un rendez-vous qui permettra l’élaboration d’un diagnostic et un chiffrage approximatif des travaux », détaille Catherine Merlet, chargée de mission dans cet organisme mutualiste. « Nous ciblons les personnes âgées entre 25 et 70 ans. Car pour les plus vieilles, la question n’est plus tant d’améliorer le confort du logement que d’envisager un déménagement dans une structure collective », ajoute-t-elle.

Reste que les plus jeunes ont des réticences très fortes : « Leur notion de l’inconfort est très différente de la nôtre. L’amélioration de leur habitat n’est pas vécue comme une priorité. Et puis, il y a la crainte du changement, même temporaire, qui va bouleverser des choses très intimes », explique la responsable. Tout comme l’engagement dans un tel projet de travaux nécessite la capacité à se projeter. « Même si le remboursement est modeste, l’adhésion totale du bénéficiaire est essentielle », ajoute-t-elle. « Les gens ne sont pas forcément demandeurs. Dans le monde rural, on vit d’une certaine manière et on ne change pas », renchérit Pascal Gouttebel. Dans ces conditions, les objectifs sont très modestes : « Nous avons une vingtaine de foyers concernés avec une majorité de propriétaires occupants. Parvenir à traiter une dizaine de dossiers serait déjà très bien. Et nous sommes capables de nous « contenter » d’interventions très modestes : se limiter à installer un wc ne constitue pas du tout un échec, au contraire ! « , défend Catherine Merlet.


Dans le même numéro

Dossiers

Expulser, fermer les squats, mais après..?

L’expulsion brutale des squats prônée par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, pour répondre aux problèmes d’insalubrité révulse tous les acteurs impliqués sur le terrain face à la crise du logement social

Lire la suite…

Sans-logis, mal logés : une fatalité ?

Aujourd’hui, se loger avec des petits revenus relève du parcours du combattant. Malgré les nombreux rapports qui dénoncent la crise du logement, peu de solutions sont mises en œuvre : les ménages atteignent les limites de leur solvabilité et l’ensemble du dispositif, de l’hébergement d’urgence au logement de droit commun, est saturé

Lire la suite…