N° 750 | du 21 avril 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 21 avril 2005 | Jacques Trémintin

Guérir de son enfance

Jacques Lecomte


éd. Odile Jacob, 2004 (382 p. ; 25 €) | Commander ce livre

Thème : Résilience

La résilience est devenue, ces dernières années, un concept très à la mode. Pour les uns, il rend compte de ce processus multidimensionnel qui transforme le métal de la souffrance en or du lien interpersonnel. Pour les autres, il reproduirait la thèse darwinienne de la survivance des mieux adaptés. Jacques Lecomte consacre une étude passionnante et détaillée à cette question, fourmillant de témoignages et de résultats de recherche.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, l’immense majorité des enfants maltraités ne deviennent pas eux-mêmes maltraitants. L’explication de ce phénomène tient dans leur capacité à ne pas reproduire passivement ce qu’ils ont subi. Les facteurs qui facilitent cette résistance sont multiples et diversifiés. Ils sont souvent liés à des rencontres : le conjoint avec qui l’on vit, les enfants que l’on a, l’amitié que l’on tisse… Ces tuteurs de résilience jouent d’autant mieux le rôle de promoteur, de facilitateur et de catalyseur qu’ils présentent un certain nombre de qualités : montrer de l’empathie et de l’affection, s’intéresser aux dimensions positives de la personne, faire preuve de patience et de modestie (chercher moins à prouver à l’autre qu’il joue un rôle important que lui permettre de découvrir ses propres ressources), ne pas se décourager face aux échecs apparents, encourager et respecter chez l’autre tant l’estime de soi que l’altruisme… Un tel profil ressemble curieusement à ce que doivent mettre en œuvre les professionnels de l’aide, s’ils veulent réussir à cheminer aux côtés de celles et de ceux qu’ils côtoient.

Mais, si tout le monde peut devenir tuteur de résilience, personne ne peut décréter l’être. C’est une étrange alchimie qui préside à l’élection à cette fonction. C’est souvent après coup, que l’on constate avoir joué ce rôle. Et ce n’est pas forcément l’intervenant formé qui est le mieux placé et le plus efficace. Si certaines attitudes prédisposent à devenir un tel tuteur, il en va de même pour le sujet qui entre ou non dans le processus de résilience : les personnes à l’enfance blessée peuvent d’autant mieux se relever qu’elles créent du sens sur ce qu’elles ont vécu : que ce soit par une quête de sagesse ou de spiritualité, par un travail sur soi, par la créativité, le témoignage ou l’altruisme… Se reconnaître comme victime est sans doute la première étape. Car disculper ses parents revient à prendre la responsabilité de ce qui s’est passé.

Mais, si la plainte est indispensable, on ne peut s’y réduire : l’accession à la mémoire de la douleur ne doit pas se résumer à la mémoire douloureuse. C’est là qu’intervient la réaction salvatrice qui consiste à adopter consciemment un comportement opposé à celui du parent maltraitant. On peut donc l’affirmer : « l’individu n’est pas enchaîné par la forme des liens de son enfance, mais peut remodeler progressivement le type de relations affectives qu’il entretient avec son entourage » (p.202). C’est le fondement même du concept de résilience.


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