N° 931 | du 4 juin 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 4 juin 2009

Formations en travail social : filières et recrutement

Joël Plantet

Une étude francilienne confirme les besoins immédiats en formation d’un secteur en pleine mutation. Mais il apparaît que la fonction d’accueil devient plus difficile, et que le profil des structures est en évolution

Nos secteurs sont en mutation : massification de la précarité, diversification des publics accueillis, urgences sociales dépassant la simple mise à l’abri… Sur les seuls points du logement et de l’hébergement, le plan d’action renforcé en faveur des personnes sans abri (Parsa, janvier 2007) introduit la stabilisation comme passerelle entre urgence sociale et insertion, consacrant en principe la continuité dans la prise en charge des personnes sans abri. De même, la loi Dalo (5 mars 2007) consacrant l’opposabilité est virtuellement apte à changer la donne.

Quelles répercussions sur les formations ? Intitulé La professionnalisation des personnels des établissements pour adultes et familles en difficulté sociale en Ile-de-France, un rapport de l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications et d’Unifaf déplore « une connaissance insuffisante des équipes des structures d’hébergement et des dispositifs d’insertion par le logement. » En 2008, une conférence sur l’hébergement avait déjà souligné la nécessité d’« engager une réflexion sur les formations des personnels dans les structures d’hébergement, et l’accompagnement au changement de pratiques du fait du Parsa ».

37 % des établissements signalent des difficultés à recruter

Mot-valise, l’accueil concerne la réinsertion sociale, l’hébergement provisoire, la demande d’asile, l’aide sociale, et bien d’autres dispositifs complémentaires : restauration collective, accompagnement social ambulatoire, prestations relatives au logement ou à l’emploi, domiciliation… Avec près de 18 000 places d’accueil d’urgence, de stabilisation et d’insertion dans environ 400 établissements – dont le statut est majoritairement associatif –, l’Ile-de-France représente plus du quart du dispositif national d’hébergement… et 17 % de l’emploi national du secteur.

Mais le marché du travail y est plus tendu qu’ailleurs (turn over fréquent, difficultés de recrutement…) ; en outre, 14 % des salariés du secteur hébergement ont aujourd’hui atteint 55 ans ; 8 % des salariés en CDI de ce même secteur ont démissionné de leur poste au cours de l’année 2006 ; qui plus est, 37 % des établissements signalent des difficultés à recruter. Et selon l’étude, « l’impact de la massification de la précarité sur les métiers du secteur est peu documenté et analysé ».

De fait, les compétences évoluent : la fonction ressources humaines se développe, l’accompagnement des personnes et des familles aussi, avec les nouvelles règles du Parsa et du Dalo. Mais la fonction d’accueil reste fragile : « Les salariés occupant ces emplois sont dans un face-à-face avec les personnes accueillies, situation à laquelle, dans la plupart des cas, aucune formation spécifique ne les a préparés. ». Autre tendance, les « fonctions supports » (administration, comptabilité, gestion, entretien, restauration…) se sont restructurées, ont été parfois externalisées.

Quid encore de la formation ? Si le quart des formations sont qualifiantes, les auteurs notent que beaucoup d’entre elles concernent les diplômes d’État d’éducateur spécialisé et de moniteur-éducateur, de même que le Caferuis, souvent via la validation des acquis de l’expérience (VAE). Globalement, les formations les plus nombreuses sont centrées sur l’accompagnement des personnes accueillies et la pratique professionnelle. Mais les besoins sont là : on recherche aujourd’hui des conseillères en économie sociale et familiale, des éducateurs de jeunes enfants, des moniteurs-éducateurs… Et actuellement, plus de la moitié des 4000 professionnels franciliens travaillent en centres d’hébergement et de réadaptation sociale (CHRS).