N° 793 | du 13 avril 2006

Critiques de livres

Le 13 avril 2006 | Jacques Trémintin

Faut-il brûler le modèle social français ?

Alain Lefebvre & Dominique Méda


éd du Seuil, 2006 (156 p. ; 9 €) | Commander ce livre

Thème : Prestations sociales

La situation sociale de notre pays s’est largement dégradée sous l’effet conjugué d’un taux et d’une durée du chômage élevés, d’une mobilité professionnelle faible (sauf en ce qui concerne le travail précaire), d’une absence d’anticipation des restructurations qui concernent pourtant près de 900 000 salariés chaque année, d’un déficit d’utilisation de la formation continue pour prévenir les dégradations des compétences et améliorer l’employabilité, de l’incohérence des politiques publiques contradictoires qui s’accumulent en millefeuilles, des ratés d’un enseignement qui lâche sur le marché du travail chaque année 160 000 jeunes sans formation professionnelle…

Le tout pesant sur les prestations de protection sociale qui sont passées de 14 % du PIB en 1960 à près de 30 % en 1995. Le modèle d’État providence mis en place depuis 1945 dans notre pays a réussi à absorber les difficultés tant que la croissance était au rendez-vous. Aujourd’hui, on parle de tous bords de sa faillite et de la nécessité de le réformer. La version minimaliste anglo-saxonne en séduit quelques-uns.

Mais il existe un autre modèle plus conforme à nos traditions basées sur la solidarité qui pourrait nous servir de source d’inspiration : c’est celui des pays nordiques. Il a la particularité de combiner à la fois un haut niveau de protection sociale et d’excellentes performances économiques, preuve que la compétitivité des entreprises est tout à fait compatible avec des dépenses sociales qui sont parmi les plus élevées au monde. Les nations scandinaves ont su allier en outre une grande souplesse du marché du travail et la sécurisation des trajectoires du travail.

Ainsi, le Danemark permet-il un licenciement très facile tout en garantissant de fortes indemnités de chômage et une reprise de travail rapide, grâce notamment à une formation continue réactive et efficace. Mais cette flexibilité ne concerne pas que la gestion d’une main-d’œuvre dont le tiers change de travail chaque année (le plus souvent à sa propre initiative, pour rejoindre un emploi plus intéressant). Elle est aussi appliquée par les entreprises pour adapter les postes de travail aux besoins et demandes des salariés.

L’ensemble de ce système est le produit de négociations entre des syndicats puissants et un patronat qui ont compris qu’ils ne pourraient s’annihiler les uns les autres et que l’unique solution était de s’entendre. Cette réussite présente un avantage essentiel : une flexicurité garantissant des droits attachés non plus au poste de travail mais aux personnes. Mais elle a aussi un coût : le niveau global des prélèvements peut aller jusqu’à 50 % du PIB (contre 45 % en France) et les impôts sur le revenu atteindre jusqu’à 53,2 % (17,3 % en France). Aussi ne peut-elle fonctionner qu’en faisant travailler la plus grande partie de la population (taux d’emploi de 75 % contre 62 % dans notre pays), ce qui nécessite des entreprises compétitives et des politiques de l’emploi efficaces.


Dans le même numéro