N° 1008 | du 3 mars 2011 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 3 mars 2011

Fatale inégalité pour les femmes ?

Joël Plantet

Depuis plus d’un siècle, les droits des femmes cheminent. Riche d’événements, la journée du 8 mars se veut plus que symbolique. Entre autres combats à mener : l’application de la loi sur l’IVG, qui est en régression…

Les cantonales des 20 et 27 mars font apparaître qu’actuellement, six conseils généraux sur 101 sont présidés par une femme ; de même, seulement deux régions sur vingt-deux ont une femme à leur tête. Malgré la loi de 2000 sur la parité en politique, l’Assemblée nationale ne compte que 19 % d’élues, et le Sénat, 22 %. Édité pour ce 8 mars par le Centre national de documentation pédagogique, le documentaire Bienvenue dans la vraie vie des femmes revient, avec un DVD et un livret pédagogique, sur cette question des inégalités. Concernant les élections présidentielles de 2012, un pacte pour l’égalité interpellant les candidats sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes était lancé le 3 mars. Les lois restent inégalement (euphémisme) appliquées : ainsi, celle proclamant l’égalité de rémunération entre femmes et hommes date de… 1972, celle instituant l’égalité professionnelle de 1983.

Un siècle déjà. C’est en 1910, à la conférence internationale des femmes socialistes, que le principe d’une journée internationale des femmes fut arrêté, à l’initiative de la journaliste féministe Clara Zetkin. Choisie quelques années plus tard – par Lénine –, la date du 8 mars commémore le jour de la manifestation des ouvrières de Saint-Pétersbourg ayant déclenché la révolution de 1917. En Allemagne, ce fut le 8 mars 1914 que les femmes revendiquèrent massivement le droit de vote, qu’elles obtinrent quatre ans plus tard ; les suffragettes londoniennes feront de même, les femmes danoises et islandaises le conquérant elles aussi dans ces années-là. Les Françaises, elles, ne l’acquerront qu’en 1945… Dans la foulée, se crée une Union des femmes françaises (UFF) issue de la Résistance, suffisamment puissante pour rassembler jusqu’à un million d’adhérentes.

En 1977, l’assemblée générale des Nations Unies avait incité tous les pays à instituer une Journée pour les droits de la femme et la paix internationale. En France, dans les années soixante-dix, le mouvement de libération des femmes (MLF) en élargira la portée. Le mouvement français pour le planning familial, né en 1956, fera beaucoup pour aboutir à la loi Neuwirth sur la contraception (1967) et la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (1975). Mais ce n’est qu’en 1982 que la ministre chargée du droit des femmes, la socialiste Yvette Roudy, décide la célébration officielle du 8 mars de chaque année, comme journée de réflexion sur la place des femmes dans la société française.

De multiples manifestations, centralisées sur un site Internet, auront lieu encore cette année. Même la télévision rappellera La grève des femmes sur TF1, Chabada avec l’association Paroles de femmes sur France 3 le 7 mars, Le combat d’une femme sur Arte le 8 mars, Taratata spécial femmes sur France 4, et même une émission de télé réalité, Une semaine sans les femmes, sur France 2… Par ailleurs (et entre mille autres événements), une bande dessinée, soutenue par Amnesty international et intitulée Touche pas à mon corps sera publiée pour dénoncer l’inceste.

Il reste à faire, au-delà de la parité politique : fin janvier, le planning familial et plusieurs associations de femmes exigeaient une meilleure application des lois sur l’éducation sexuelle et l’IVG au sujet de laquelle un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait constaté en 2009 une « application partielle et inégale ». Et l’an dernier, une loi était encore votée, protégeant les femmes et les enfants des violences et créant un délit de harcèlement moral au sein du couple.