N° 785 | du 16 février 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 16 février 2006

Fanny Bordeianu, éducatrice sans frontières

Françoise Duras

Aujourd’hui éducatrice polyvalente dans l’association Hors la rue, cette Franco-Roumaine met sa double appartenance au profit des enfants des rues, qu’ils vivent en Roumanie ou en France.

C’est ainsi qu’après des études de musicologie puis de sciences de l’éducation, elle quitte Rennes pour la Bosnie, dans le cadre de l’association ENOA (European network of animation) qui utilise l’animation pour entrer en contact avec des populations en grande difficulté. Tel est le cas des réfugiés qu’elle découvre en 2001 dans un camp oublié de tous depuis huit ans. La situation est pourrie et les gens ont baissé les bras. Elle y demeure six mois, comme bénévole et peut étudier in situ les relations entre animation et éducation.

Revenue en France, elle décide de profiter du temps de relative liberté que lui permet la préparation de sa maîtrise pour retourner en Roumanie. Toujours bénévolement, elle s’inscrit dans un programme de réinsertion professionnelle pour les jeunes marginaux et, la nuit, participe à Caravana, une maraude bucarestoise. Là, elle est confrontée aux enfants non pas « des rues » mais « des canalisations », tous ces gamins qui survivent au froid et à la faim par la violence, la mendicité et la drogue. Le but de ces maraudes est de les attirer vers les centres de jour où une prise en charge pourra être amorcée. La plupart d’entre eux ont fui les « casa des copii », les « maisons d’enfants » qui ont poussé dans tout le pays sous Ceauscescu, sans moyens ni personnel qualifié et où les carences le disputent à la maltraitance. Malgré un programme de réhabilitation au profit de petites unités et l’aide d’ONG, ces maisons continuent aujourd’hui encore à livrer à la rue des centaines d’enfants.

À l’inverse des jeunes Roumains que l’on trouve en Europe, ceux-là n’ont pas de projet migratoire ou de projet tout court. Ils fuient sans espérer grand-chose et sont très vite rattrapés par les problèmes de survie. La population roumaine a tendance à les considérer comme des malades, des parasites – tant d’années d’une terrifiante dictature ont laissé des traces – et ils ne peuvent guère attendre d’autre soutien que celui de quelques rares associations. Pendant ce séjour, Fanny est amenée à côtoyer les travailleurs sociaux : ceux qui travaillent en institution et demeurent « formatés » et ceux, plus jeunes, mieux formés, qui ont choisi les associations et ont une démarche plus politique, plus ouverte, ancrée dans la volonté d’amener les Roumains à traiter eux-mêmes leurs problèmes.

Au bout de six mois, la jeune femme est obligée de revenir en France : elle n’a plus d’argent et doit soutenir son mémoire. L’argent, elle l’a gagné durement pendant ses études, en usine, à faire des joints de voiture. Il n’a jamais été le moteur de ses choix et lorsque, de retour à Rennes, elle se voit proposer de rejoindre l’équipe de Parada France, elle fait ses bagages, direction Paris. À raison de semaines de 40 à 50 heures, elle accompagne, toujours bénévolement, ces enfants dont elle parle la langue et connaît la culture. Il lui faudra attendre plusieurs mois pour que l’association trouve des financements et lui propose une reconnaissance financière et un contrat. Aujourd’hui, à Hors la rue, elle exerce comme éducatrice polyvalente et va demander une validation d’acquis. Cela ne devrait pas poser problème !


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L’association Hors la rue va à leur rencontre pour leur proposer un autre avenir. Elle propose des cours, un repas, une simple rencontre ou des activités culturelles et sportives : il faut beaucoup de temps pour gagner la confiance de ces petits errants. Une fois le lien établi, les éducateurs tentent de garder le contact, quitte à aller parfois dans les squats.

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