N° 815 | du 2 novembre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 novembre 2006

Famille de substitution pour jeunes parents en difficulté

Témoignage recueilli par Katia Rouff

Sébastien et Soizic, respectivement âgés de vingt-quatre et vingt-deux ans, ont vécu quatre ans dans un squat. Trop jeunes pour percevoir le RMI, ils vivaient de petits spectacles de rue. Une situation difficile : « On galère pour trouver un endroit où se doucher le matin et de quoi se nourrir. On n’a pas l’esprit disponible pour trouver un travail », évoque Sébastien.
Soizic a découvert sa grossesse tardivement. Son compagnon a alors trouvé un petit boulot, une assistante sociale a aidé la jeune femme à percevoir le RMI et a orienté le couple vers Aire de famille. « Nous avons adressé une lettre de motivation à l’association et obtenu un entretien. Un studio s’est libéré une semaine après l’accouchement de ma compagne. Elle a attendu à l’hôpital que nous puissions aménager. L’association nous a un peu sauvés. Il était hors de question de nous séparer ou de vivre dans le squat avec un bébé, raconte Sébastien. Soizic aurait pu être accueillie en centre maternel mais cela ne nous aurait pas aidés pour notre avenir. Un premier enfant entraîne de nouvelles responsabilités qu’il faut affronter à deux. Si nous avions été séparés, cela aurait été plus la galère que le bonheur. »

Enfin logé, le couple a pu, avec le soutien de l’équipe d’Aire de famille et la mission locale, prendre le temps de se poser. « Grâce à notre petit loyer, nous n’avons pas eu à nous précipiter sur le premier boulot venu, quitte à l’exercer toute notre vie. Nous avons pu mettre en place un projet professionnel tranquillement. Du coup, les envies, les espérances qui avaient disparu sont revenues », explique le jeune père. Il a passé le concours d’aide soignant et souhaite devenir infirmier. Sa compagne prépare le Beatep pour exercer le métier d’animatrice auprès d’enfants. Depuis un an, les jeunes gens vivent avec leur petite fille dans le studio-relais. Ils attendent qu’un appartement – réservé à Aire de famille par les bailleurs sociaux – se libère.

« Si nous avions été séparés, cela aurait été plus la galère que le bonheur »

Sébastien n’a pas de parents, ceux de Soizic ont coupé les ponts avec leur fille quand elle a rejoint son compagnon dans un squat. Aujourd’hui, la famille apprécie les projets que le jeune couple met en place et les liens se renouent peu à peu. Cependant, l’équipe a joué un rôle de famille de substitution. « Dès que nous avons une inquiétude, un souci, nous pouvons les appeler, comme les jeunes parents téléphonent à leur mère ou à leur père dans ce cas. Nous leur rendons visite dans leurs locaux qui ressemblent à une maison douillette. Nous nous y sentons écoutés sans jugement, apprécie Sébastien. L’équipe est derrière nous. Si un jour nous avions, par exemple, un problème financier – ce que je n’espère pas – nous pourrions compter sur elle. Elle a par exemple pris en charge les frais relatifs à mon concours, ce que je n’aurais pas pu faire. »

Que pense-t-il des centres maternels qui n’accueillent pas les jeunes pères ? « C’est dommage, car un enfant, surtout les premiers mois, demande beaucoup de temps et d’énergie. Il faut se lever la nuit, donner le biberon… Une personne qui s’occupe seule d’un bébé ne peut pas se concentrer sur la préparation de son avenir. Elle ne s’épanouit pas, le bébé le sent et ne s’épanouit pas non plus. En couple, on peut s’appuyer l’un sur l’autre, on peut souffler, avoir des moments pour soi. On alterne. Cette année je prépare mon avenir professionnel grâce à ma compagne qui m’aide financièrement, puis ce sera l’inverse. »


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