N° 777 | du 8 décembre 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 décembre 2005

Expulser, fermer les squats, mais après..?

Marianne Langlet

L’expulsion brutale des squats prônée par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, pour répondre aux problèmes d’insalubrité révulse tous les acteurs impliqués sur le terrain face à la crise du logement social

« Fermer tous ces squats et tous ces immeubles pour arrêter ces drames ». Au lendemain des incendies qui ont endeuillé la capitale, la réponse de Nicolas Sarkozy est cinglante. Sur le terrain, les responsables municipaux et les associatifs s’étranglent. « Sarkozy nous refait le coup de Sangatte. On expulse sans solution alternative, au risque de recréer des campements dans Paris », s’exclame Gisèle Stievenard, adjointe au maire de Paris chargée de la solidarité et des affaires sociales. Quelques jours plus tard, le discours du ministre est appliqué : deux squats font l’objet de mesures d’expulsions. Les personnes sont relogées dans des hôtels en périphérie de la ville. « Aucune préparation n’a été faite. Les hôtels type Formule 1 proposés sont totalement inadaptés pour une vie de famille » s’indigne Micheline du Droit au logement (DAL). « Soyons clairs, nous ne sommes pas contre le fait de sortir les familles des squats – précise René Dutrey, président de la Société immobilière d’économie mixte de la Ville de Paris (SIEMP). C’est la volonté de tous mais dans ces conditions et sans leur proposer de relogement, cela n’a absolument aucun sens ».

Un long processus

« Normalement, à Paris lorsqu’il y a une expulsion pour des raisons sanitaires, elle fait l’objet d’une préparation, explique René Dutrey. Des réunions se tiennent entre la ville de Paris et la préfecture, les dossiers des familles sont étudiés et répartis entre les différents intervenants pour organiser le relogement. Les expulsions actuelles ne font l’objet d’aucune préparation, on ne sait pas où cela va tomber ». Dans le cadre d’une mission d’éradication de l’insalubrité confiée par la mairie de Paris, la SIEMP rachète les immeubles considérés comme insalubres, organise le relogement des personnes, réhabilite le bâtiment. Le processus est long mais la convention avec la ville stipule qu’aucune famille ne doit se retrouver dans les circuits de l’urgence, à la merci des marchands de sommeil.

Quelques 300 familles sont ainsi relogées chaque année, la plupart dans le parc social, mais la difficulté concerne les sans-papiers. Impossible pour eux d’accéder au logement social, « Nous utilisons notre parc de logements relais qui n’a de relais que le nom puisqu’il n’y a pas d’autres possibilités de relogement, explique René Dutrey. Nous avons 160 logements relais, pleins à craquer et nous en demandons sans cesse à la ville de Paris ». L’objectif est ensuite d’obtenir la régularisation de ces personnes pour qu’elles accèdent au droit commun. « Nous sommes dans le domaine du non-dit complet. Nous ne pouvons pas vraiment parler de cette situation car nous nous trouvons sous le joug de la loi d’aide au séjour illégal », souligne René Dutrey. Depuis les incendies, selon lui, l’approche a quelque peu changé : « Apparemment lorsqu’on est rescapé d’un incendie ou l’objet d’une expulsion, on obtient des papiers… ce qui prouve bien qu’il n’y a absolument aucun critère objectif de régularisation ».

La réquisition pour répondre à l’urgence

« La politique du logement reste dans une logique de production alors que c’est le marché qui exclut les personnes du logement », estime René Dutrey. Il s’insurge contre ces marchands de biens liés à de grands groupes bancaires ou d’assurance qui maintiennent à Paris des logements vides. « J’ai besoin de 1500 logements pour reloger les familles des immeubles insalubres dont j’ai la charge, or il y a 40 000 logements vacants à Paris et une loi de réquisition. Elle oblige simplement une personne morale ou une société qui maintient un appartement vide de le louer pour une période déterminée. Nous sommes loin de la spoliation ! ». Selon lui, si la construction de logements sociaux est une évidence pour répondre à la crise du logement au plan national, seule la réquisition pourrait résoudre le blocage parisien alors que la capitale atteint ses limites en matière de construction neuve.

L’action de la SIEMP porte sur 423 adresses parisiennes, propriétés de la ville, copropriétés, bâtiments privés. La loi de réquisition lui permettrait de reloger des familles en attendant la réhabilitation de leur immeuble. Reste à savoir si ces mêmes familles pourraient retourner dans le bâtiment réhabilité. Le DAL souligne que les immeubles réhabilités proposent en général des logements sociaux classiques de type PLUS ou haut de gamme dits PLS inaccessibles pour les foyers les plus démunis. « Nous manquons de logements très sociaux, explique Gisèle Stievenard. L’État subventionne 5000 PLAI au plan national, à Paris nous devions en obtenir 600 et nous sommes parvenus à rehausser le financement à 800 PLAI ». Un petit mieux mais pas assez pour répondre aux besoins des familles qui vivent dans les squats et immeubles insalubres parisiens.


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