N° 1080 | du 25 octobre 2012

Faits de société

Le 25 octobre 2012

Être descendant d’immigrés

Joël Plantet

Idées reçues, préjugés, instrumentalisation, discriminations diverses sont encore et toujours le lot des descendants d’immigrés. Pourtant, ils sont un peu mieux lotis – en termes d’intégration – que leurs parents…

Pour la première fois, l’Insee s’est intéressé aux enfants d’immigrés originaires de pays hors Union européenne, leurs conditions de vie, leurs spécificités sociales et économiques, l’éducation et la maîtrise de la langue : 5,3 millions de personnes ont au moins un parent immigré (soit 8 % de la population, dont 41 % ont acquis la nationalité française). Au total, les enfants d’immigrés, sont 6,7 millions, soit 11 % de la population, plaçant le pays dans la moyenne européenne.

Contrairement aux assertions d’un certain nombre de responsables politiques, « les flux annuels d’immigrants sont plus faibles en France que dans les autres pays européens les plus peuplés ». Néanmoins, le pays est « parmi les pays où la deuxième génération est la plus présente », précise l’Insee, par l’ancienneté des migrations de travail et les liens avec les anciennes colonies.

Le rapport oscille entre deux pôles : d’une part, les descendants d’immigrés, de plus en plus instruits, ont de meilleures conditions de vie que leurs parents. D’autre part, les discriminations à l’éducation et au marché du travail restent majeures. Ils sont presque trois fois plus au chômage que les Français d’origine, et lorsqu’ils ont un emploi, celui-ci est plus précaire… 30 % d’entre eux sortent du système scolaire sans diplôme ou avec au mieux le brevet des collèges, deux fois plus que les « enfants de natifs »… alors que leur réussite dans le secondaire « n’est pas moins bonne ».

Ainsi, les filles d’origine tunisienne ou marocaine décrochent davantage le baccalauréat que les Françaises d’origine, et les enfants de l’immigration sud asiatique sont en « sur réussite ». Pourtant, ils sont 14 % (contre 4 % du reste de la population) à s’être sentis « moins bien traités à l’école » en matière d’orientation, et 20 % à être surqualifiés par rapport aux compétences que nécessite leur emploi. Autre explication avancée : des origines sociales « nettement plus populaires » (58 % de fils d’ouvrier contre 26 % pour la population générale) et moins de réseau social parental dans leurs recherches d’emploi…

En juillet dernier, un rapport du Haut conseil à l’intégration (HCI) constatait déjà que le taux de chômage des immigrés provenant d’un pays tiers à l’UE était plus du double de celui des Français nés de parents eux-mêmes Français (20,2 % contre 8,7 %).

Les crédits alloués pour l’intégration en baisse de 5,5 millions d’euros

En Ile-de-France, 18 % des descendants d’immigrés invoquent des discriminations. Le mois dernier, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) a souligné que les enfants d’immigrés maghrébins déclaraient plus souvent « un refus injuste de promotion » (15 % contre 7 %).

Globalement, le taux de pauvreté est de 13,5 % sur l’ensemble de la population, 20 % pour les descendants d’immigrés et 37 % pour les immigrés, relève encore l’Insee. Autre critère, le logement : si deux tiers des ménages français résident dans un habitat de bonne qualité (selon douze critères précis), la proportion n’est que de 59 % pour les descendants d’immigrés, et de 45 % pour les immigrés.

Pourtant, dans ce contexte, neuf enfants d’immigrés sur dix se sentent Français… même si plus des deux tiers d’entre eux ne se sentent pas reconnus comme tels. Mais la cause des écarts reste pour une part « inexpliquée », admet l’Insee, qui ne va pas jusqu’à parler de racisme de la société française. Et au lieu d’une politique ambitieuse d’intégration des primo-arrivants, les crédits alloués à la mission Intégration et accès à la nationalité enregistrent une baisse de 5,5 millions d’euros.

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