N° 983 | du 2 septembre 2010

Faits de société

Le 2 septembre 2010

Été sécurisé, stigmatisant, raciste

Joël Plantet

L’été a vu un télescopage d’actualités paradoxales : offensive sécuritaire gouvernementale tandis que le Conseil constitutionnel invalidait la garde à vue, camp tsigane honoré au moment où les Roms sont stigmatisés…

Condamné en juin dernier pour « injure à caractère racial », le ministre de l’Intérieur Hortefeux devait émettre fin août des propositions de mise en œuvre juridique de la déchéance de nationalité française. Dans une surenchère estivale et démagogique appuyée sur deux événements médiatisés - émeute dans un quartier grenoblois, attaque d’une gendarmerie dans le Loir-et-Cher par des jeunes en représailles à la mort d’un des leurs pendant une course-poursuite -, le gouvernement parle, après la suppression des allocations familiales, de condamner à deux ans de prison et 30 000 € d’amende les parents de mineurs délinquants. Il menace aussi, en vrac, de sanctionner les maires ne respectant pas leur « obligation de sécurité », de revenir sur l’automaticité de l’acquisition de la nationalité française à 18 ans ou de déchoir de leur nationalité des personnes, inexpulsables par ailleurs, ayant attenté à la vie d’un policier ou… ayant recours à l’excision.

Dans ce contexte hautement répressif, le Conseil constitutionnel déclare – le 30 juillet, clin d’œil de l’actualité, jour du discours de Sarkozy sur l’insécurité et les délinquants d’origine étrangère – « contraire à la Constitution » la garde à vue (qui avait concerné, rappelons-le, près de 800 000 personnes pour la seule année 2009), en donnant onze mois au gouvernement pour mieux garantir les droits de la défense. La personne privée de liberté devra désormais « bénéficier de l’assistance effective d’un avocat ». Un coup d’arrêt salutaire à la banalisation d’une privation de liberté utilisée à tort et à travers, le plus souvent accompagnée d’humiliations diverses.

Les signes ainsi donnés sont porteurs du pire

Le gouvernement avait auparavant franchi une étape supplémentaire en ciblant – et en amalgamant – deux populations, celle des Roms (environ 20 000 personnes) et celle des gens du voyage (400 000, de nationalité française), comme de potentiels fauteurs de troubles. Le 28 juillet, dans un traitement ethnique de la violence fort éloigné de l’idéal républicain, une réunion à l’Élysée décidait le démantèlement de 300 camps illicites, des reconduites immédiates aux frontières, et des contrôles fiscaux pour les conducteurs de grosses cylindrées tractant les caravanes. Tollé général, atteignant jusque l’Église et les rangs de la majorité. Dix jours auparavant, le 18 juillet, le secrétaire d’État aux anciens combattants avait reconnu la réalité de l’internement et de la déportation de Tsiganes entre 1940 et1945 (entre 300 000 et 500 000 ont été exterminés par les nazis). Joli pied-de-nez là aussi, le 31 juillet, les vestiges d’un camp d’internement de Tsiganes dans le Maine-et-Loire étaient classés au titre des monuments historiques… Et le Conseil de l’Europe a vertement condamné la France le 24 août pour sa stigmatisation des Roms et son « antitsiganisme, qui constituent une forme particulière du racisme »…

Les travailleurs sociaux – via, pour la partie la plus visible, la Fnars, Emmaüs ou des associations comme Hors la rue… – dénoncent la mise en danger de centaines d’enfants roms, et plus généralement l’amplification des problèmes par ces non-réponses, qu’ils concernent l’accès à l’emploi, à la santé, à l’habitat ou à la scolarité. Des collectifs « contre la xénophobie d’État » se réunissent en vue de la grande manifestation du 4 septembre, appelée par une soixantaine d’organisations.

Même si leur utilité première est celle d’une diversion pré-électorale, les signes ainsi donnés – stigmatisation absolue, encouragement à la xénophobie, au racisme et à la haine de l’autre – sont porteurs du pire. À nous de les refuser.