N° 864 | du 6 décembre 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 6 décembre 2007 | Patricia Delage

Errance et solitude chez les jeunes

Sous la direction de Sébastien Dupont & Jocelyn Lachance


éd. Téraèdre, 2007 (103 p. ; 14 €) | Commander ce livre

Thème : Errance

« Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, ignorant d’où je viens, incertain où je vais. » L’introduction de l’ouvrage propose en exergue ce vers de Lamartine. Le ton est donné. Ce petit texte est la transcription d’une journée de conférence réunissant divers spécialistes autour de la problématique de l’errance, de la solitude du jeune. C’est dans le cadre du pôle départemental de ressources des conduites à risques, créé en 2004 dans le Bas-Rhin, que s’est tenue cette journée. Ce n’est pas seulement l’errance visible, médiatisée, qui est analysée mais tout ce qui se rapporte à l’exil, aux rites de deuils, au sentiment de vacuité, au désœuvrement et autres voyages de rupture. Le nombre d’errants est difficile à évaluer aujourd’hui parce que, bien souvent, ces jeunes vivent en marge des institutions sociales et leur singularité ne peut être directement observable.

D’où l’intérêt de mutualiser les expériences, les approches, les analyses des différents intervenants. L’errance chez les jeunes prend de multiples formes comme les fugues, le nomadisme, les squats, les voyages. Le lien entre rites initiatiques et conduites à risques est ténu. Certains jeunes voient ainsi une « confirmation du manque, de l’absence d’un étayage sécurisant ». « L’errance chronique, chez certains jeunes, apparaît ainsi comme un « ersatz » de désir, la volonté de maintenir l’illusion que le sujet avance vers un lieu meilleur à vivre, qui existerait quelque part, l’illusion d’un objet pour une quête qui n’en est plus une ». L’analyse du backpacking (voyager sac au dos ndlr), traduit en errance positive, reste une approche très intéressante de ce type d’errance moderne, liée à la société de consommation et qui voit des jeunes voyager d’un pays à l’autre, dans une recherche d’authenticité. Errance juvénile, expérience de séjour au Maroc, rites de transition, tant de thèmes abordés avec rigueur et exemples concrets qui font de cet ouvrage une référence en la matière.


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