N° 851 | du 6 septembre 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 6 septembre 2007 | Jacques Trémintin

Equinoxe

Arnauld Pontier


éd. Actes Sud, 2006 (120 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Sexualité

Que peut donc ressentir une jeune femme que seul le handicap empêche de jouir de sa sexualité ? Dans un roman saisissant, Arnauld Pontier nous fait vivre dans la peau de Carine qui, bien que frappée de paralysie et de mutisme, n’en possède pas moins toute sa conscience et ressent avec intensité et sensualité autant de besoins que de désirs. Chaque matin, c’est le début du même cauchemar : elle se réveille dans un corps qui pèse de son impitoyable effondrement et qui de désirable est devenue une corvée, une tâche ménagère.

Et la même pensée obsédante de lui revenir à l’esprit : « J’étais née pour la vie, pour sentir la main d’un homme courber mes reins et suivre du bout de la langue la courbure de mes lèvres… et je suis réduite à ça ! ». Carine voudrait le rugir, mais elle ne peut que le penser très fort : « J’ai besoin d’un homme ou je vais devenir folle ». Heureusement, il y a ce voisin d’en face qui a pris l’habitude de regarder Carine à travers ses jumelles. Yvan franchira bientôt le pas pour lui rendre visite. Ils deviendront amants. Leur relation sortira de la clandestinité, lorsqu’à sa demande, il pratiquera sur elle un tatouage que sa mère une fois rentrée du travail, ne pourra pas ignorer : « Comprend-elle seulement que ma seule façon d’exister, d’envisager l’avenir, est de jeter aux oubliettes mon corps passé pour m’en refaire un autre ? » C’est Yvan qui lui redonnera sa dignité de femme et qui lui laissera entrevoir dans sa longue nuit commencée dans l’habitacle tordu et fumant d’une voiture accidentée, une petite lumière à laquelle se raccrocher.

Egrené en douze chapitres, au rythme des douze mois de l’année, le récit de Carine devient pathétique dans ses quinze dernières lignes. Plein de rage et plein de vie, ce roman à l’écriture parfois un peu crue hurle à la face du monde ce que tant de personnes réduites par le handicap ne peuvent exprimer. À lire non pour ressentir de la pitié, mais pour prendre conscience ce que, trop longtemps, on a ignoré.


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