N° 784 | du 9 février 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 9 février 2006

Enquête Emmaüs : les travailleurs sociaux reconnus

Entretien avec Hélène Thouluc, chargée de communication à l’association Emmaüs

L’association Emmaüs et l’institut de sondage BVA ont réalisé une enquête portant sur les opinions et attentes de 401 personnes sans-abri hébergées dans les centres d’accueil Emmaüs. Que révèle-t-elle ?

Cette enquête a été menée auprès des personnes reçues dans les accueils de jour, hébergements d’urgence et d’insertion de l’association. Trente entretiens ont pu être réalisés lors des maraudes et dans un accueil de nuit pour personnes n’ayant pas pu ou voulu trouver un lit pour la nuit. Ce public très désocialisé se trouve également dans les accueils de jour (100 entretiens). La plupart des personnes interrogées considèrent les centres d’hébergement comme une solution « par défaut » et ne conçoivent pas leur vie dans l’errance, leur objectif étant de se fixer. Il apparaît que huit personnes sur dix préfèrent un lieu d’accueil à la rue. Plus de la moitié d’entre elles privilégie un contact humain pour le trouver.

65 % des personnes interrogées estiment que c’est à l’État et non à la générosité publique de financer les dispositifs d’urgence et d’insertion. Pour 60 % d’entre elles, les travailleurs sociaux jouent un rôle d’aide important. Nous avons conçu le questionnaire le plus honnêtement possible, prenant le risque de voir les structures et les travailleurs sociaux remis en question. Une seconde enquête auprès des personnes qui dorment durablement à la rue compléterait ces données, mais sa réalisation pose des difficultés méthodologiques (taille de l’échantillon, réceptivité aux entretiens…).

Comment expliquez-vous que malgré les difficultés rencontrées, 77 % des personnes interrogées se disent « foncièrement optimistes » ?

Ces personnes ont l’espoir de vivre dans un appartement dans les cinq ans qui viennent, mais elles ne masquent pas les difficultés réelles rencontrées et les expriment sans fard (se nourrir, rester propre, se déplacer, se soigner…). Certaines se disent sans doute optimistes pour tenir le coup, c’est humain. Notre sondage n’est qu’un baromètre à un moment donné. Son objectif était de voir comment les lieux d’accueil peuvent mieux s’ajuster aux besoins. 83 % des personnes interrogées pensent par exemple qu’il faut créer d’autres accueils de nuit comme l’Agora, située dans le centre de Paris, sans hébergement mais ouvert jour et nuit, pour se réchauffer, boire un café, rencontrer des travailleurs sociaux… On apprend aussi que la majorité d’entre elles préfèrent les hébergements en centre-ville ou encore que les séjours de rupture à la campagne les motivent peu… autant de données qui nous permettront d’affiner nos projets.

Conclure que 77 % des personnes sans-abri se disent « foncièrement optimistes » ne risque-t-il pas de provoquer un effet pervers dans l’opinion publique : « Puisqu’elles sont optimistes, vivre à la rue ne doit pas être si difficile ? »

Ces personnes évoquent aussi et très fortement les difficultés qu’elles rencontrent dans la rue. L’optimisme qu’elles affichent montre qu’elles sont comme nous. Elles ont envie de se fixer quelque part, tendues vers cet espoir. L’errance n’est pas une situation choisie.

L’opinion des personnes hébergées dans les centres de l’association Emmaüs sur leur vie quotidienne ainsi que sur l’hébergement d’urgence et insertion, enquête réalisée par l’association Emmaüs et l’institut de sondage BVA avec le soutien du journal Le Monde, de RTL et de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales d’Ile-de-France (Drassif), décembre 2005.
Contact association Emmaüs : Tél. 01 44 82 77 20.


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