N° 1074 | du 13 septembre 2012

Faits de société

Le 13 septembre 2012

Emplois d’avenir. Vraiment d’avenir ?

Monique Castro

Pour résoudre le chômage des jeunes, le gouvernement propose des emplois d’avenir. Si ce énième dispositif de contrats aidés a l’avantage de s’adresser aux jeunes les plus éloignés de l’emploi, il ne comporte pas pour autant de volet accompagnement et formation.

François Hollande avait fait de la lutte contre le chômage des jeunes l’un de ses thèmes de campagne présidentielle. La solution proposée par le gouvernement Ayrault, lors du conseil des ministres du 29 août, ne diffère guère des recettes éprouvées par les gouvernements successifs. Il crée, comme ses prédécesseurs, des emplois aidés appelés cette fois emplois d’avenir, qui vont s’adresser aux jeunes de 16 à 25 ans sans qualification, vivant dans des quartiers en difficulté ou dans des zones rurales touchées par le chômage.

En trente-cinq ans, cent quatre-vingts dispositifs d’emplois aidés différents ont été mis en œuvre pour enrayer le chômage des jeunes. Or, quel bilan pouvons-nous tirer des SIVP (stage d’insertion dans la vie professionnelle), TUC (travaux d’utilité collective), CIP (contrat initiative emploi), et autres emplois-jeunes ? En trois décennies, ces mesures n’ont pas empêché l’augmentation du chômage des jeunes qui s’est trouvé multiplié par quatre au niveau national, pour atteindre 42 % dans les zones sensibles.

De plus, une étude réalisée par la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) montre que sur les 14 000 jeunes qui avaient obtenu un emploi-jeune en 1998, un sur deux seulement était encore en poste deux ans après. Ces emplois aidés créent un effet d’aubaine auprès des employeurs qui profitent des aides de l’Etat pour recruter le temps que durent les subventions.

Aucune formation qualifiante n’est prévue

Pour les emplois d’avenir, qui sont largement inspirés des emplois-jeunes, l’employeur percevra une aide de l’Etat équivalente à 75 % du salaire du jeune. 100 000 emplois d’avenir sont prévus pour 2013, 150 000 d’ici fin 2014. Les emplois d’avenir seront créés « dans des activités ayant une utilité sociale avérée, » principalement dans les secteurs de l’aide à la personne, de l’animation socioculturelle, du développement durable et dans les collectivités, essentiellement dans le secteur public (associations, collectivités locales).

Cela permettra-t-il une meilleure insertion des jeunes ? Les responsables associatifs en doutent. Louis Gallois, président de la Fnars (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), s’il se dit prêt à engager un millier d’emplois d’avenir, pense que ces emplois doivent être accompagnés : « Il ne faut pas que ce soit un sas où les gens passent et ensuite se retrouvent dans la situation dans laquelle ils étaient avant d’être embauchés. » Même inquiétude du côté de l’Apeis (association pour l’emploi, l’information et la solidarité) : « Aucune formation qualifiante n’est prévue. Donc, au terme du contrat, retour à la case départ. »

L’absence de formation est d’autant plus préoccupante que, contrairement aux emplois-jeunes qui concernaient ceux ayant au moins le niveau du bac, les emplois d’avenir s’adressent à ceux qui n’ont aucune qualification. Notamment à ces 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme et dont le nombre n’évolue pas depuis dix ans.

Si le gouvernement avait davantage associé les professionnels de l’insertion, qui ne « sont ni nommés ni visés » dans le projet de loi, une attention différente aurait peut-être été apportée à la formation et à l’accompagnement professionnels. Comme le rappellent les réseaux de l’insertion par l’activité économique qui ont rédigé un communiqué commun pour dénoncer la façon dont ils ont été tenus à l’écart de l’élaboration de ce dispositif : « Les structures d’insertion par l’activité économique emploient chaque année 240 000 personnes éloignées de l’emploi qu’elles salarient, accompagnent et requalifient pour permettre leur insertion sociale et professionnelle. »