N° 1005 | du 10 février 2011 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 10 février 2011

Éducation sexuelle des enfants déficients : trop peu d’outils

Propos recueillis par Jacques Trémintin

Thème : Sexualité

Christel Fouache est directrice du pôle Mayenne de l’instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (IREPS) des Pays de la Loire. Cette association a accompagné l’IME de Montaudin dans la réalisation d’outils permettant d’assurer l’éducation sexuelle des jeunes souffrant de déficiences intellectuelles. Si quelques programmes de ce type existent en France, il n’y a en revanche aucune coordination nationale.

Votre association a accompagné l’IME de Montaudin dès le départ : quel regard portez-vous sur l’action qui y a été menée ?

Tout ce qui a été mené dans cet IME est remarquable. Rien d’étonnant, quand on connaît le dynamisme de cet établissement et sa culture du changement et de l’innovation. Il a réussi, en quelques années, à placer dans une position centrale l’éducation à la vie affective et sexuelle, à former ses professionnels, à modifier leurs pratiques, à leur permettre de créer des outils. On a là un vrai cas d’école. Cela ne signifie pas que tout a été simple. Il y a eu des moments de doute ou de découragement, périodes où les professionnels au travail sur cette question ont pu avoir le sentiment de patiner. Comme il s’agissait de créer des séances d’éducation à la vie sexuelle et affective et des outils et qu’ils n’avaient aucune formation préalable pour le faire, ce fut extrêmement lent. Ce qui s’y est passé est assez représentatif de ce que l’on retrouve dans les autres établissements qui mènent, depuis, le même type d’action. Le temps de maturation est à la fois nécessaire et très chronophage.

Avant que les effets sur les enfants ne puissent se vérifier ou que la plupart des membres du personnel aient été en contact avec le programme, cela reste un peu confidentiel et l’on ne voit pas toujours à quoi tout cela va servir. Comme pour toute nouvelle pratique, il peut en outre y avoir des blocages. Il est important que l’institution s’implique totalement. Si la culture de l’établissement n’est pas favorable à la créativité ou s’il n’y a qu’un petit groupe porteur, le reste de l’équipe étant réticent, l’action risque de ne pas aboutir. Toutes les conditions étaient favorables à Montaudin, c’est pourquoi cela a bien fonctionné.

Comment sont nées les actions de formation que vous proposez ?

L’accompagnement du projet de l’IME de Montaudin est l’une de nos premières expériences avec un public atteint de handicap. C’est important de le noter, car si depuis les autorités de tutelle encouragent ce type d’action, quand cet établissement a décidé d’agir, c’est sans la moindre sollicitation extérieure. Mais même s’il y a bien là une initiative pionnière, cette démarche s’inscrit quand même dans une préoccupation générale. À chaque fois que l’on pose la question à nos collègues des autres régions, on constate que, partout, il y a une sensibilisation des professionnels du secteur médico-social qui viennent fréquemment chercher de la documentation et des outils sur la santé en général et plus particulièrement autour des questions de sexualité. Mais le constat est général : il existe peu d’outils adaptés sur ces sujets. Nous savons qu’en Poitou-Charentes, en Bretagne, en Champagne-Ardenne, en Picardie ou encore en région PACA, il y a des projets ou même des programmes déjà élaborés. Mais tout cela est assez disparate, sans pour l’instant aucune coordination nationale.

Concrètement, en quoi consiste l’aide que votre association peut apporter ?

Nous intervenons à deux niveaux. Le premier est celui de l’amélioration des compétences des professionnels. Nous proposons une formation de base, d’une durée de six jours, et huit modules d’approfondissement qui durent de trois à cinq jours. Depuis 2002, ces cycles ont été fréquentés par 260 participants issus pour la plupart du secteur médico-social. Notre deuxième axe d’intervention concerne plus une offre de service, en tant qu’ organisme ressource. Nous allons sur le terrain pour accompagner les équipes. Nous contractualisons avec les établissements à partir de ce qu’ils souhaitent mettre en place : nous travaillons actuellement avec une vingtaine de structures différentes, dans les cinq départements des Pays de la Loire. Ce peut être des actions très limitées dans le temps ou encore la conception d’un programme sur plusieurs années.

Notre démarche ne consiste pas à travailler immédiatement sur l’outil pédagogique des 5-6 ans, par exemple, mais bien à réfléchir sur les implications de la démarche pour l’établissement, concernant notamment la cohérence avec le règlement intérieur ou le projet d’établissement. L’ampleur de l’investissement fait parfois un peu peur. Mais notre approche est systémique : il est difficile de se centrer uniquement sur les usagers, si tous les niveaux de l’institution ne sont pas en cohérence (du conseil d’administration aux familles, en passant par les équipes).

L’éducation à la vie affective et sexuelle dans les établissements médico-sociaux a-t-elle le soutien des autorités de tutelle ?

Les autorités de tutelle en Pays de la Loire ont été très intéressées et ce, à double titre. D’abord parce que c’était un sujet connu de la plupart des médecins inspecteurs et inspecteurs des DDASS et DRASS qui ont souvent été confrontés, lors de leurs inspections, à des situations de non-respect de la vie sexuelle et affective, voire même à des abus. Ils étaient nombreux à penser qu’il fallait que les pratiques changent. Mais ils ont tout autant pu constater l’état de dénuement des équipes éducatives et l’absence d’interlocuteurs vers qui se tourner. Ces mêmes autorités avaient aussi à cœur à la fois de promouvoir les lois de 2002 et de 2005 qui élèvent l’usager au rang de citoyen et à la fois d’encourager la prévention de la maltraitance.

Des initiatives comme celle de Montaudin et la nôtre ne pouvaient donc que retenir leur attention. Notre programme de sensibilisation a eu aussi un autre effet, tout aussi important : celui de créer un lieu de convergence entre les deux secteurs de la santé publique et du médico-social (l’IREPS édite un DVD). La nouvelle agence régionale de santé qui est en train de se structurer peut, elle aussi, trouver dans ces dispositifs une application de la politique de transversalité qu’elle préconise et à la fois un indicateur de la qualité des pratiques qui constitue le cœur de sa stratégie d’évaluation et d’amélioration de la prise en charge des établissements.


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