N° 827 | du 8 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 février 2007

École de démocratie participative

Propos recueillis par Katia Rouff

Entretien avec Jean Moiteaux, responsable du FJT Isabelle Taillefer d’Angoulême en Charente

La loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale prévoit la mise en place d’un conseil de la vie sociale dans les structures. Qu’en est-il dans la vôtre ?

Conformément à ses missions, notre FJT [1] se veut être un lieu participant pleinement au processus de socialisation des résidents en les aidant à forger leur identité individuelle et sociale. Pour ce faire, dans un esprit qui impulse la convivialité et cultive la tolérance, nous menons diverses actions pour favoriser l’instauration de relations de réciprocité positive, faciliter l’acquisition d’une autonomie croissante, dynamiser au quotidien l’expérimentation de la place de sujet acteur principal agissant pour son devenir, promouvoir l’exercice de la citoyenneté…

En ce sens, notre structure constitue un véritable lieu d’apprentissage, notamment de la vie en collectivité. À ce titre, cela implique nécessairement la participation des résidents aux décisions concernant leur lieu de vie. Ainsi avons-nous mis en place deux instances complémentaires : le conseil de la vie sociale et le comité de résidents. Tous les résidents sont invités à y participer, même ceux qui sont là pour un court séjour.

Comment fonctionnent-ils ?

Le conseil de la vie sociale, lieu d’échanges et d’expression sur toutes les questions liées au fonctionnement de l’établissement, se réunit deux fois par an. Y participent, sur invitation et ordre du jour, les jeunes élus par leurs pairs (quatre délégués des résidents dont deux titulaires et deux suppléants), deux membres de l’équipe, le responsable, un administrateur du CCAS et parfois des représentants des familles, notamment les parents de résidents mineurs. Il est animé par le responsable d’établissement qui présente le bilan d’activités de la structure, les orientations et les projets, en sollicitant l’ensemble des participants. Un compte-rendu est réalisé.

Le comité des résidents qui se réunit deux fois par trimestre est ouvert à tous les jeunes qui séjournent au FJT. Y participent, sur invitation et ordre du jour, les résidents qui le souhaitent et les animateurs, voire ponctuellement d’autres intervenants. En fin de séance, les jeunes rédigent un compte-rendu diffusé à l’ensemble des résidents. Ces instances ont évidemment pour intérêt premier de contribuer à l’exercice des droits et devoirs dans une relation dynamique et interactive et notamment d’assumer un mandat de représentation, contribuer au collectif et agir sur l’environnement en respectant les libertés individuelles, assurer une fonction de porte-parole, coopérer à l’amélioration du cadre de vie… Si la fonction de délégué s’avère généralement valorisante, elle est difficilement appréhendée dans son ensemble par ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre.

Quelles sont les demandes et propositions des jeunes ?

Elles font généralement écho à celles énoncées en comité de résidents et portent sur l’amélioration du confort de vie (parfois en opposition avec la fonction d’hébergement transitoire…), des conditions de vie (plus d’activités et d’animations sportives et culturelles pour rompre l’isolement, lutter contre l’ennui et favoriser les rencontres.) Les jeunes abordent également le contenu du règlement intérieur avec deux tendances inverses : assouplir ou rigidifier les règles de vie en fonction souvent des événements récents. Ils donnent aussi leur avis sur les projets de travaux, l’entretien des locaux…

La plupart des demandes et propositions sont débattues et certaines d’entre elles, qui visent l’amélioration du quotidien, peuvent se concrétiser. Nous constatons que certains résidents ne s’inscrivent pas dans une dimension collective et ont tendance à défendre des intérêts personnels. Si la participation des jeunes à ces instances est fort satisfaisante – de l’ordre de 40 % pour les comités de résidents –, un certain nombre de jeunes la redoute, notamment ceux qui sont isolés (ils appréhendent le groupe, éprouvent des sentiments de peur ou de honte…) ou qui manquent de confiance en eux et rencontrent des difficultés pour s’investir et s’affirmer.

D’autres ne participent pas du fait de la courte durée de leur séjour ou par manque de temps. Enfin, certains jeunes désertent les lieux de frustration, de confrontation qu’impliquent ces instances de négociation, en particulier ceux qui éprouvent un fort sentiment de rejet social. Les actions solidaires telles que les opérations « Vacances ouvertes » ou « Coup de pouce écureuil » [2] suscitent un vif intérêt chez la plupart des résidents. « Coup de pouce écureuil », qui permet de bénéficier d’aides financières individuelles et collectives, sollicite le comité des résidents pour étudier les situations qui émanent de leur « structure » afin d’émettre un avis avant qu’elles soient traitées en commission régionale.


[1Ce foyer a la particularité d’être un service social public géré par le centre communal d’action sociale de la ville. Il accueille trente-huit jeunes âgés de seize à trente ans

[2Convention partenariale établie entre l’Union régionale Poitou-Charentes et la Caisse d’Épargne de la région Poitou-Charentes


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