N° 1128 | du 28 novembre 2013

Faits de société

Le 28 novembre 2013

Du rififi dans les centres éducatifs fermés

Joël Plantet

Âgés de dix ans, les centres éducatifs fermés sont englués dans une réputation exécrable, faite de violences, d’incompétence des professionnels et d’impréparation de projet. Faut-il les conserver ?

Dix ans déjà. En 2003, l’ouverture de deux premiers centres éducatifs fermés (CEF, réservés aux mineurs délinquants récidivistes) avait suscité une jolie polémique chez les professionnels, nombre d’entre eux criant au retour des maisons de correction (le juge Rosenczveig, Libé du 15 juillet 2003) et dénonçant une formidable régression pour l’éducation spécialisée. Des centres défraient parfois la chronique par des incidents violents récurrents et par leur coût… Dans un article intitulé L’échec prévisible des centres éducatifs fermés, le groupe Claris (agir pour clarifier le débat public sur la sécurité, initié par le sociologue Laurent Mucchielli) parle de « dévoiement de la justice des mineurs », de politique du chiffre et de logique sécuritaire.

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Jean-Marie Delarue, s’était déjà inquiété en 2010 de la faiblesse de l’encadrement dans les CEF et de leur violence. Aujourd’hui, ses équipes en ont visité 42 sur 47. Le 13 novembre, déclenchant une nouvelle fois la procédure d’urgence, il constate de nouveau le manque de programme éducatif, des problèmes de sécurité et… d’encadrement. Sont pêle-mêle dénoncés l’impréparation des activités, des travailleurs sociaux sans connaissance du projet d’établissement (et parfois embauchés sur leur seule carrure physique), l’instabilité des directions, des problèmes d’hygiène et de sécurité, etc.

Sa conclusion est rude : « Les centres éducatifs fermés ont une finalité de mise à l’écart et de relégation ». S’appuyant sur l’exemple de deux CEF, il surligne « des atteintes graves aux droits fondamentaux, à la santé et à la sécurité » dans ces lieux où « l’éducation des enfants est en péril grave ». Ses préconisations vont sans surprise vers un encadrement à étoffer, l’individualisation des prises en charge et la création d’un cahier des charges unique, commun à la PJJ et au secteur associatif, « intégrant des références éducatives prégnantes et identifiant la spécificité de ce dispositif dans l’offre de placement ». Enfonçant le clou, le syndicat SNPES-PJJ-FSU, dans un rapport truffé de témoignages, évoquait les « effets destructeurs » de CEF se développant au détriment d’autres unités éducatives.

« Alternatives crédibles à l’incarcération »

Le candidat Hollande en avait annoncé 80 pour la fin du quinquennat ; le ministère de la Justice, lui, n’en prévoit que 59 en 2017. Sceptique mais ambivalente, Christiane Taubira s’appuie sur un rapport des inspections des affaires sociales, des services judiciaires et de la protection judiciaire de la jeunesse (IGAS, IGSJ, IGPJJ) – bizarrement daté de janvier dernier, mais rendu public il y a quelques jours – les qualifiant d’« alternatives crédibles à l’incarcération » à la condition d’une formation et d’une organisation adaptées. Devant la charge du CGLPL, la ministre a promis une révision du cahier des charges des CEF, principalement sur la gestion des incidents, et le renforcement de leur gouvernance « à tous les échelons territoriaux ». Le ministère prévoit enfin de recruter un psychologue dans chaque CEF, et de mesurer l’impact d’un placement en CEF dans le parcours des jeunes.

La Convention nationale des associations de protection de l’enfance (Cnape) dénonce, elle, le « CEF bashing », accusant les médias de positions « simplificatrices et dogmatiques » et défend « cette prise en charge éducative qui constitue une véritable alternative à l’incarcération ». Il n’empêche : si certains CEF fonctionnent correctement, les améliorations à apporter sont urgentes.