N° 561 | du 25 janvier 2001 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 25 janvier 2001 | Un film documentaire de Alain Saulière

Double enjeu : un film sur des emplois-jeunes

Joël Plantet

(2001 - 30 mn)
Les films du passeur
1, rue Paul Mazy
94200 Ivry-sur-Seine
Tél. 01 46 72 24 57

Thème : Insertion

Ce film s’inscrit dans la série D’un regard à l’autre, qui aborde des sujets de société : les jeunes (Les enfants de la crise), l’accompagnement social (Histoire (s) de solidarité), la vie des quartiers (À l’impossible chacun est tenu), les violences urbaines (Histoires de bus). Avec le soutien de la Délégation interministérielle à la Ville (DIV) et de la Direction générale de l’action sociale (DGAS).

Leurs blousons bleu marine arborent, dans le dos, un fier « Partenaires pour la ville ». À la gare, Mehdi et quelques autres font de l’assistance aux voyageurs, essuient quelques mécontentements, orientent, aiguillent, conseillent, dialoguent. Quelques automates sont en panne : ils en référeront à leur encadrant, à la prochaine réunion de suivi. Charge à ce dernier de faire remonter les insatisfactions à la réunion de concertation qui réunira quelques jours plus tard la SNCF, la RATP et la Ville. Partenariat est en effet le mot clé de ce montage, et sept entreprises de service public ont été, en juillet 1997, à l’initiative de la création de l’association Partenaires pour la ville, en vue d’améliorer la qualité de l’espace public urbain « par des actions de médiation, de prévention et d’information en direction des usagers d’espaces situés à l’interface des réseaux de transports et des activités de gestion urbaine ». Mehdi et ses collègues sont agents de proximité et de prévention (ils disent APP), dans le cadre du programme Nouveaux services/Emplois-jeunes.

Autre endroit, autre moment, autres professionnels : les emplois-jeunes participent à une opération délicate, une campagne de sensibilisation au rite du paiement, autrement dit anti-fraude. Ils tentent, avec plus ou moins de bonheur, d’expliquer aux gens pourquoi il ne faut pas monter dans le bus par l’arrière, et pourquoi il est nécessaire de sortir sa carte orange de sa poche pour la montrer au conducteur. L’important est de dialoguer, et ils y parviennent très bien. Ils maintiennent le cap et leurs arguments tiennent en face de jeunes de moins en moins rigolards… Ils sont sympas. Des réunions rythment, là aussi, leurs interventions, soit en coordination avec les agents RATP, soit entre eux avec leurs encadrants.

Au centre de régulation des bus, dans une de ces réunions, Djamila explique leur nécessaire polyvalence, et leurs contacts avec de multiples interlocuteurs ; Nadia défend avec conviction l’idée d’aller vers les gens, l’intérêt sociétal et personnel d’une telle démarche ; un autre APP met à distance les critiques — infondées, du point de vue de la plupart des emplois-jeunes concernés — concernant la précarité du travail et du salaire, ou une éventuelle instrumentalisation politique, genre « Vous êtes là pour faire baisser le taux de chômage »… La plupart revendiquent leur emploi comme entier, correspondant à d’évidents besoins, en voie de pérennisation. Certain (e) s sont heureux de « donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais », voire de contribuer à « changer les mentalités ».
D’autres emplois-jeunes, sur le quartier Floréal, assurent une veille technique : Farida et un collègue vérifient les jeux pour enfants, et signalent les éventuels dysfonctionnements. Moïse et Éric, gardiens d’immeubles, rencontrent les jeunes pour une nécessaire articulation de leurs tâches respectives.

D’autres APP « font » la sortie de l’école élémentaire, discutent avec les jeunes. D’autres encore assurent de l’aide aux devoirs à la Maison de quartier : Nafissatou, là, explique comment les enfants font un lien essentiel entre les parents — ou les grands frères… — et eux-mêmes.
Lionel, directeur de Quartier Jeunesse et intervenant sur le quartier depuis 1994, vient expliquer à la caméra que de grands champions ont vécu sur ces quartiers : le footballeur Diagana, ou encore ce champion du monde de boxe, dont la mère, d’ailleurs, réside toujours ici. Alors, « banlieue-purgatoire » ? Sûrement pas, assure-t-il ; il s’agit bien plutôt de « faire sortir tout ce potentiel ».

Alors, à mi-chemin du dispositif Nouveaux services/emplois jeunes, « des questions se posent encore », interroge le réalisateur, « pour inscrire dans la durée ces compétences, leurs qualifications et leur reconnaissance comme nouveaux métiers de la Ville. Demain, pour que ces métiers soient légitimes, ne devront-ils pas être reconnus comme outils de la politique de la Ville ? »
Des actions de professionnalisation et de qualification ont certes été engagées, telles qu’un tronc commun d’adaptation au poste, ou une participation à une expérimentation menée avec l’AFPA pour la validation des acquis professionnels. Toutefois, pour les partenaires du dispositif, certaines interrogations demeurent, dont celle-ci : « Peut-on développer une activité pérenne en restant dans le cadre d’un dispositif à public ciblé ? »