N° 1029 | du 8 septembre 2011

Critiques de livres

Le 8 septembre 2011 | Jacques Trémintin

Donner toute sa chance à l’école

Coordonné par Armen Tarpinian


éd. Chroniques Sociales, 2011 (92 p. ; 5 €) | Commander ce livre

Thème : École

L’école n’a pas su relever le défi de la vaste démocratisation qu’elle a vécue. Elle continue à fonctionner comme lorsqu’elle scolarisait seulement 10 % d’une génération. Sa crise est au cœur de la contradiction entre les valeurs républicaines qu’elle revendique et celles qu’elle transmet réellement. C’est un lieu où le chacun pour soi prime sur la capacité d’autonomie et de coopération. C’est un espace où la réussite scolaire prévaut sur la réussite humaine. C’est un terrain où, comme en économie, l’idée de rendement l’emporte sur celui de développement. C’est un monde où le besoin d’estime de soi se mue en course à l’estime, en obsession à l’emporter sur l’autre ou en crainte d’être dépassé.

Mais après tout, l’école n’est-elle pas fille et mère d’une société fondée sur la compétition et la lutte des places ? Refusant de s’y résigner, le Collectif école, au travail depuis 2002, revendique une refondation éthique et anthropologique venant interroger les valeurs et les finalités, les pensées et les pratiques. Les treize propositions qu’il présente, ne constituent ni une nouveauté (car issues, pour la plupart, du mouvement des écoles actives), ni une panacée (elles ne peuvent remplacer la créativité individuelle). Juste de quoi tenter de répondre aux problèmes de violence, d’autorité et de mal-être qu’engendrent la démotivation et l’ennui, le désinvestissement et l’enfermement dans la spirale de l’échec. En recentrant l’école sur le développement des compétences humaines. En articulant la fonction d’instruction (transmettre les connaissances) avec l’éducation (accompagner l’apprentissage de la vie) et la formation de sujets auto et coresponsables (préparer des citoyens libres et coopératifs plutôt que rivaux).

Cela passe par une transformation complète de la formation des enseignants et de leur action quotidienne. Ils ne peuvent plus se contenter d’une simple approche académique de la didactique. Ils doivent apprendre à comprendre la psychologie de l’enfant, à assimiler les mécanismes de groupe, à s’approprier les techniques de gestion non-violente des conflits, à conférer un statut positif à l’erreur qui n’est pas une faute mais une information, à s’imprégner de la complexité de la réalité, à transformer les modes d’évaluation, à repenser l’autorité, à généraliser le travail en équipe, à intégrer les apports de l’éducation psychosociale sur la connaissance de soi et les interactions humaines… Une improbable révolution de l’esprit ? Une douce utopie ? Une rêverie illusoire ? Allons donc : ce qui manque, ce ne sont pas les riches initiatives qui appliquent peu ou prou ces principes un peu partout, c’est leur reconnaissance et leur généralisation.


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