N° 820 | du 7 décembre 2006 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 7 décembre 2006 | Un documentaire de Vincent Blanchet en deux DVD

Dolto, quel héritage ?

Joël Plantet

Édités et distribués par MK2

Thème : Psychanalyse

Un documentaire de Vincent Blanchet, Parole, l’héritage Dolto (97 mn), avec la participation des enfants et des adultes de la Neuville.

DVD 2 - Ensemble de films intitulés Sur Parole (près de trois heures) : Regard d’une psychanalyste (31 mn) de Caroline Éliacheff, Les choix du réalisateur (11 mn), Voyage à Lisbonne (15 mn), Parcours d’Isabelle, de Yacine et de Luc (44 mn), Faire la classe (15 mn), Institution (22 mn), et La Neuville de A à Z (29 mn) avec Françoise Dolto et Fernand Oury.

Depuis trente-trois ans, l’école de la Neuville, haut lieu discret de pédagogie institutionnelle, développe un projet définissant chaque enfant comme acteur de son projet. Autre façon d’envisager l’éducation dans « un espace où la loi se construit à plusieurs voix, où les mots apaisent et réparent ». Petite république d’enfants, laboratoire en sciences de l’éducation, l’aventure a commencé laborieusement.

Dans les années soixante-dix, Michel Amram et Fabienne d’Ortoli, pédagogues utopistes, trouvent un lieu dans l’Eure avec l’intention d’y fonder un « collectif scolaire ». Ils contactent Fernand Oury qui, dans un premier temps, s’effraie : « Vous ne comptez pas faire un nouveau Summerhill ? », craignant une expérience trop libertaire, trop non-directive. Il appuiera au final le projet, les soutenant ainsi : « Votre projet d’école, ça pourrait marcher… vous avez des gueules vaguement humaines. »

C’est lui qui les adresse à Françoise Dolto qui, elle, les encouragera vivement : « Une tentative pour essayer de faire autrement lui paraissait porteuse d’espérance », se souviennent-ils.

D’abord par des réseaux d’amis, les premiers élèves arrivent à la Neuville : c’est avec eux que l’équipe débarque dans les librairies parisiennes pour choisir livres et matériel pédagogique. Discussions sur la prise de risque, repas – réunions, emplois du temps informels, prise permanente de décisions pédagogiques… De drôles de règles s’installent : « Quand on voulait faire quelque chose et que nous n’étions pas tous d’accord, c’est l’adulte minoritaire qui avait gain de cause car on n’avait pas su le convaincre. Cette règle est appelée le droit au fantasme »…

Puis l’équipe décide de se faire davantage connaître : à l’aide d’une vieille Japy, mille exemplaires d’un tract publicitaire sont imprimés, entraînant d’ailleurs la première d’une longue série de difficultés financières. Le fait d’être soutenu par Dolto l’aidera à sortir de l’ornière. Première classe de mer en Corse, un peu folklo : « Cela avait l’air insensé à première vue, sans eau ni électricité, sans confort matériel, à des heures de toute agglomération ».

Rentrée dans sa base normande, l’équipe se trouve trop éloignée de Paris et cherche un autre lieu. L’aide de Dolto, là encore, est déterminante. Elle va chercher le soutien de Jacques Lang : « Ce sont des maisons moyennes en nombre, comme celle-là, qui contribuent à renouveler les principes d’éducation et d’enseignement en France, dans le respect des enfants et de leurs familles en leur donnant les moyens d’une autonomie responsable ». L’équipe acquiert un lieu, Tachy, en Seine-et-Marne, pour un nouveau départ [1].

Encore marginale et inconnue au bout de douze ans d’existence, ce sont les quelques publications de l’atypique école qui vont susciter, peu à peu, une certaine estime des milieux éducatifs. Le passage télé d’une des responsables, invitée en 1981… par Dolto lors d’une émission construite autour d’elle, aura aussi contribué à changer la donne. Elle y définissait l’école comme un lieu « où chaque enfant serait reconnu à sa valeur, serait mis en valeur ». À l’heure où le principe de précaution règne en maître, il est fortement recommandé de rencontrer cette utopie rafraîchissante.


[1École de la Neuville - 1, rue du Château - Tachy -77650 Chalmaison