N° 465 | du 3 décembre 1998 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 3 décembre 1998

Dix ans après les annexes XXIV, où en sont les SESSAD ?

Joël Plantet

Thème : Service à domicile

Les Services d’éducation spéciale et de soins à domicile ont une spécificité à faire valoir dans un contexte local où interagissent pourtant de multiples services : AEMO, CMPP, CAMSP, hôpital de jour, club de prévention spécialisée. Bilan.

Qu’en est-il donc « des Services d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) plus de vingt ans après la loi de 1975 que l’on s’apprête à rénover ? », ont voulu questionner récemment les professionnels de ce secteur : sur le thème « L’identité des Sessad », l’Association nationale des centres régionaux pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, en lien avec le CREAI Nord-Pas-de-Calais, organisait en effet à Lille, les 18 et 19 novembre 1998, ses troisièmes journées nationales — après Orléans et Caen —, avec pour triple objectif un « apport théorique et sociologique sur les modes d’analyses de l’identité d’une organisation », une réflexion sur l’identité des Sessad « en termes de culture de métier, de compétence », et un éclairage sur les enjeux politiques de leur identité.

Synthétisés par le sociologue Michel Autès, les différents carrefours ont largement rappelé que l’enfant était au centre du dispositif et qu’il s’agissait bien de « mobiliser les ressources d’un milieu » ; mais pour autant, d’autres notions ont été travaillées, telles que la subjectivité, la compétence collective, le réseau et l’évaluation.

La question de savoir si cette forme d’intervention supposait des compétences spécifiques a longuement agité les esprits ; des diverses discussions, il est plutôt ressorti que le Sessad représentait une forme originale d’organisation du travail qui permettait d’agencer les compétences de chacun. La notion de compétence collective a donc été préférée.

Chiffres à l’appui — 4 953 places de Sessad pour l’année 1985, 6 649 trois ans plus tard, 16 603 en 1996, et 18 050 le 1er janvier 1998 — le ministère de l’Action sociale rappelle, lui, que la redistribution des places, depuis quelques années, se fait en faveur des Services d’éducation spécialisée et de soins à domicile. Et profite de l’occasion pour annoncer que la nouvelle tarification, dite de dotation globale, depuis longtemps réclamée, devrait faire l’objet d’un décret dans les premiers mois de 1999.

Certes, les Sessad contribuent à l’intégration scolaire des enfants handicapés ; un inspecteur de l’Éducation nationale, en appelant à une meilleure connaissance mutuelle et une coordination plus efficace, viendra toutefois préciser que cette intégration doit davantage s’inscrire dans un projet global et individualisé. Globalement, dira un intervenant qui ne visait peut-être pas que l’Éducation nationale, les Sessad, « supports d’innovation », doivent « changer l’environnement » de l’enfant, dans le sillage du docteur Élisabeth Zucman, qui avait appelé de ses vœux, quelques heures avant, à un « Sessad écologique ».

Plusieurs orateurs se sont tout de même succédé pour souhaiter une amélioration rapide de la coordination entre le secteur médico-social et l’Éducation nationale, entre le secteur médico-social et le secteur sanitaire, mais aussi à l’intérieur même du secteur médico-social.

Les familles ont été dignement représentées par un père de famille venu dire l’importance de l’accompagnement (« pas assistanat ! ») : « même si on a appris le métier de parent, on n’a pas appris celui de parent d’enfant handicapé  ». Les difficultés se situent clairement, selon ce même usager, avant et après la prise en charge de l’enfant handicapé, et l’importance d’une prise en charge précoce ne sera, à son avis, jamais assez soulignée.

« Mais de quelles spécificités peuvent se prévaloir les Sessad dans un contexte local où interagissent services d’AEMO, CMPP, CAMSP, hôpital de jour et club de prévention spécialisée ?  » s’interroge alors le directeur du CREAI Ile-de-France, Jean-Yves Barreyre, avant de proposer l’intégration des Sessad dans un plan d’action local pour l’intégration des enfants handicapés.

Cette année environ sept cents professionnels inscrits à ces journées étaient venus de toutes les régions de France ; les éducateurs spécialisés, les directeurs et chefs de service y étaient massivement représentés (près des deux tiers), mais de nombreuses autres fonctions — psychologue, instituteur, assistant social, orthophoniste, kiné, médecin, éducateur de jeunes enfants, administratifs, etc. — y étaient, dans une moindre mesure, participants.


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