N° 1136 | du 6 mars 2014

Faits de société

Le 6 mars 2014

Diversité, intégration, vote. Un vertige de promesses

Joël Plantet

Inflammable, minée, la question de l’intégration ne peut que ressurgir régulièrement tant qu’elle n’est pas réglée. Le point nodal des inégalités n’est pas en voie d’être traité. Le minimum gouvernemental est annoncé, en termes de rustines.

La Suisse a récemment refusé – à une très faible majorité – une « immigration de masse », exaltant encore un courant populiste inquiétant en Europe, mais aussi largement présent dans l’Hexagone : plus de deux tiers des Français estiment ainsi qu’il y a « trop d’immigrés » dans le pays, et les idées (trop) simples du Front national se répandent généreusement. Même si un Français sur trois a au moins un grand-parent d’origine étrangère, l’intégration reste un sujet étonnamment sensible, d’autant plus à proximité des élections. Pourquoi donc ces tensions autour de valeurs qui furent fondamentales demeurent-elles si vives ? Elles sont en tout cas politiquement utiles.

Il y a un mois, le gouvernement présentait les vingt-huit mesures prometteuses d’une feuille de route « pour la politique d’égalité républicaine et d’intégration ». Parcours d’accueil et d’intégration, maîtrise de la langue française, transmission des valeurs de la République… Ces trois chantiers doivent déboucher « à l’horizon du printemps », assurent les pouvoirs publics. Mais on a (souvent) déjà entendu ça quelque part. Autre axe : améliorer l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations. Qu’à cela ne tienne… Les associations le réclament depuis toujours. On a l’impression que le volet politique des moyens, si mal en point depuis plusieurs années, reste la (discrète) question qui fâche. Tant de domaines restent à couvrir en la matière : éducation, emploi, logement, santé, accès aux droits, attribution des aides, accès à la fonction publique pour les personnes immigrées, accompagnement social, relations avec la police, isolement et non-reconnaissance des immigrés âgés,etc…

C’en est vertigineux, en proportion des régressions accomplies parfois ces dernières années. Sans réelle volonté politique, on restera dans le gadget, tel ce label Diversité à généraliser dans toutes les administrations… Il est par ailleurs chaudement recommandé à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) d’inscrire ses travaux dans une logique interministérielle, dont le délégué devait être nommé.

Aucun nouveau droit, et surtout pas celui de vote

Mais le citoyen reste effaré devant tant de bonnes intentions non suivies d’effets. Ainsi, la Cour des comptes plaidait encore en février pour la relance de la transformation des foyers de travailleurs migrants, construits pour la plupart dans les années soixante-dix : l’institution déplorait le retard pris en la matière, malgré un plan édicté à cet effet il y a plus de quinze ans, en 1997, et l’absence d’un ministère responsable pour piloter l’opération. L’association France terre d’asile estime que seul un Conseil national de l’intégration peut « garantir l’effectivité des droits et la promesse d’égalité des populations issues de l’immigration, souvent classes populaires ghettoïsées ».

Tout se mesure malheureusement à cette aune : aucun nouveau droit, et surtout pas celui de vote, promis par la gauche depuis plus de trente ans. Recommandation n’a jamais fait force de loi… Ces quelques rustines sont d’ailleurs parfois redondantes, avec des efforts ou initiatives déjà engagés. La partie Éducation de la feuille de route a ainsi largement été nourrie des mesures Peillon dans le cadre de la réforme des zones d’éducation prioritaire. Exemple d’inégalité : une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) avait fait apparaître en 2009 que les descendants d’immigrés étaient 13% à sortir sans diplôme de l’école contre 8% de l’ensemble. Des expérimentations se sont inutilement prolongées alors qu’elles avaient fait leurs preuves, en témoigne celle du CV anonyme… Des flots de paroles, des tonnes de promesses, et si peu d’actes.