N° 1065 | du 7 juin 2012

Critiques de livres

Le 7 juin 2012 | Jacques Trémintin

Dictionnaire de l’adolescence et de la jeunesse

Sous la direction de David Le Breton & Daniel Marcelli


éd. Puf, 2010 (992 p. ; 35 €) | Commander ce livre

Thème : Jeunesse

Ils s’y sont mis à plus de deux cent vingt pour réaliser cette somme impressionnante de savoir qui constitue la première encyclopédie de l’adolescence et de la jeunesse, digne de ce nom. Sociologie, psychiatrie, psychanalyse, psychologie, histoire, droit, philosophie, anthropologie, pédagogie, médecine, gynécologie, pédiatrie, démographie, économie, politologie, justice…

Beaucoup de disciplines ont été convoquées pour nous proposer ce large tour d’horizon sur une classe d’âge qui constitue l’une des périodes de l’existence humaine la plus féconde en recherche scientifique. Bien sûr, une large place est donnée aux universitaires, parmi lesquels des psys, des sociologues et des pédagogues. Certains d’entre eux ont une appréhension très concrète de leur sujet, puisqu’ils côtoient professionnellement ces ados dont on leur a demandé de parler. La seconde catégorie de contributeurs, c’est celle des soignants (pédiatres, gynécologues, dermatologue, addictologue, praticiens hospitaliers…).

Et puis viennent quelques personnalités atypiques comme ce prêtre qui nous livre l’exégèse de l’enfance du Christ à travers les évangiles ou ce rabbin qui explique le véritable rite de passage que constitue la Bar-Mitsvah. Enfin, agréable surprise, on trouve même un article écrit par un éducateur spécialisé, Loïc Andrien, fondateur de la revue Zeo. Allons, ne soyons pas (trop) corporatistes, quand même. Si l’absence de travailleurs sociaux dans une telle publication tient pour une part à l’approche très académique de ses concepteurs, elle est surtout due à notre difficulté collective à rendre visible et surtout lisible notre expérience de terrain. Les infirmières scolaires, les animateurs jeunesse, les éducateurs de rue, les éducateurs de foyer d’adolescents qui se confrontent au quotidien à cette population en auraient eu des choses à dire. Mais si l’on ne leur donne pas la parole, ils ne savent pas non plus toujours la prendre. Fermons la parenthèse de ce petit mouvement d’humeur, en précisant qu’il ne jette en aucun cas le discrédit sur la qualité du travail présenté ici, d’une grande précision conceptuelle et d’une infinie culture.

L’ouvrage saute, au gré de l’ordre alphabétique, du banal au tragique, du commun à l’exceptionnel, de thèmes transversaux à des réalités très spécifiques. La volonté éditoriale n’est pas de se focaliser sur les 15 à 20 % d’ados et de jeunes qui affirment aller mal ou très mal, mais bien de balayer toute une génération. C’est pourquoi l’on trouve les articles « angoisses » et « anorexie » coincés entre « amour » et « apprendre » et le thème « décès/mortalité/morbidité » juste après « danse juvénile ». Une vraie mine de connaissances, un riche outil de compréhension et un ouvrage de référence à toujours garder à portée de main.


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